Interview

Kahn : «En 2014, l’Algérie m’a fait craindre une élimination de l’Allemagne du Mondial»

«Madjer fut un cauchemar pour les supporters du Bayern, je me rappelle très bien de sa talonnade»

Auteur : Ibrahim Hanifi dimanche 07 avril 2019 12:29

Oliver Kahn est né le 15 juin 1969 à Karlsruhe. A l’âge de 6 ans, il rejoint le club de sa ville où a également évolué son père. Il a débuté sa carrière au Karlsruher SC comme libéro, avant de devenir gardien de but par la suite. Il rejoint le Bayern Munich lors de la saison sportive 1994-1995 pour y rester pendant 14 ans. Une période assez longue durant laquelle il a remporté tous les titres possibles, entre autres la Bundesliga, la Coupe d’Allemagne, la Ligue des champions ainsi que le Mondial des clubs. L’ancien capitaine de la Nationalmannschaft aux 86 sélections a disputé la finale du Mondial 2002 qu’il a perdue face au Brésil (2-0). Oliver Kahn a signé son premier contrat pro avec Karlsruher SC lors de la saison sportive 1987-1988. Remplaçant de Famulla, il a disputé son premier match comme titulaire le 27 novembre 1987 face à Cologne. Ce jour-là, il a encaissé quatre buts (4-0). Le 10 novembre 1990, à 21 ans, Winfried Schäfer sort Famulla à la mi-temps. Kahn s'installe dans les cages du KSC et n'en sort plus. Devenu titulaire indiscutable, Kahn découvre la Coupe de l'UEFA lors de l'édition 1993-1994 et atteint même les demi-finales. Au terme de cette exercice, il est élu une première fois meilleur gardien de Bundesliga et rejoint le Bayern Munich contre 2,7 M€, un record pour un gardien en Allemagne. Lors de la saison 1995-1996, Oliver Kahn remporte son premier titre avec le Bayern Munich : la Coupe de l'UEFA. Après un Euro 1996 remporté sans jouer, Kahn et les Munichois raflent quatre titres de champion, deux Coupes d'Allemagne et quatre Coupes de la Ligue allemande en cinq ans. Il est récompensé par deux fois du titre de footballeur allemand de l'année en 2000 et 2001. Sur la scène européenne, il dispute deux finales de Ligue des Champions en 1999 et 2001. La première est terrible face à Manchester United où les Bavarois encaissent deux buts dans le temps additionnel et perdent ce prestigieux trophée. La finale de 2001 sourira aux Bavarois : Kahn s'illustre notamment en stoppant trois tirs au but en finale face au FC Valence et permet de ramener le quatrième sacre européen du club. En 2002, Oliver Kahn est nommé capitaine du Bayern Munich et il le restera jusqu'à sa retraite en 2008. Le 17 mai 2008, il met fin à sa longue carrière, après une victoire 4-1 sur le Hertha Berlin et un ultime trophée du champion d'Allemagne. Oliver Kahn est le gardien de but qui a joué le plus de fois en tant que capitaine de l'équipe nationale d'Allemagne avec 49 apparitions. Sa vie privée a aussi fait couler beaucoup d'encre depuis 2003, dans les journaux allemands. Au printemps de cette année, il quitte sa femme Simone, alors enceinte d'un second enfant, avec laquelle il était marié depuis le 10 juillet 1999. Il vécut ensuite avec Verena Kerth. En avril 2007, l'insatiable footballeur a commencé une liaison avec Jasmin Molnar avec qui il a eu un fils, Philip, né le 13 octobre 2008. La légende du football allemand a ouvert son cœur au Buteur pour évoquer plusieurs sujets relatifs au match de l’EN face à l’Allemagne, les joueurs algériens ainsi que sa carrière avec le Bayern Munich et la Nationalmannschaft.

 

 

 

On vous remercie beaucoup de nous avoir accordé un peu de votre temps pour la réalisation de cet entretien…

C’est plutôt moi qui vous remercie d’avoir pensé à moi.

Parlons de votre carrière extraordinaire. Peut-ont dire que vous êtes le meilleur gardien de but de l’histoire du foot ?

Oh mon dieu.  C’est vraiment une très grande description. J’ai commencé ma carrière dans les années 90. A l’époque, il y avait de grands gardiens de but tels que Peter Schmeichel, Gianluigi Buffon, Petr Čech et tant d’autres gardiens fantastiques. Je crois avoir été aussi un grand gardien de but.

Vous souvenez-vous de l’opposition Allemagne-Algérie lors du Mondial 2014 ?

Oui, je me souviens très bien de ce match. Je me rappelle aussi que les Allemands ont éprouvé les pires difficultés à surpasser l’obstacle algérien. Sur le plan physique, les Algériens étaient très bien présents ce jour-là. Je me rappelle que Manuel Neuer était contraint ce jour-là de sortir de sa cage pour apporter le surnombre et aider l’équipe à faire la différence. Il se positionnait à 30 voire 40 mètres de sa cage. C’est ce qui a réduit le danger algérien.

Quel est le rôle que joue le gardien de but dans une équipe ?

C’est lui qui peut créer la différence à n’importe quel moment. On ne peut jamais remporter de titres sans un gardien de but.  Il faut qu’il y ait une sélection hors du commun pour pouvoir compenser la présence d’un faible gardien de but. Le gardien de but est l’élément qui change le cours d’un match.

Qu’est-ce qui a attiré votre attention chez la sélection algérienne lors de ce match ?

J’étais impressionné par la volonté et la force des Algériens face à l’Allemagne. Comme je l’ai déjà dit, si l’Allemagne a mal joué face à l’Algérie, c’est à cause de la force de l’adversaire. Sincèrement, j’ai eu peur ce jour-là de l’élimination de l’Allemagne face à l’Algérie.

Que pensez-vous de Madjer, l’une des icônes du foot algérien et l’auteur de la talonnade en finale de la C1 ?

Madjer a inscrit son fameux but, avant que je sois le gardien du Bayern. C’était dans les années 80. Je me rappelle de ce match, de cette finale de la C1. Madjer fut un cauchemar pour les supporters du Bayern Munich. Je me rappelle très bien de son but.

Entre Mahrez, Ghoulam et Brahimi, lequel choisiriez-vous ?

C’est difficile comme question, car je ne les ai pas souvent vus jouer. Mais comme j’ai suivi le match du FC Porto contre le RB Leizpig, je choisirai alors Brahimi.

Pourquoi les Allemands n’ont pas reporté le Ballon d’Or ces dernières années, en dépit de la présence d’une génération dorée qui a pu soulever le trophée lors du Mondial brésilien 2014…

Même si l’Allemagne a possédé des joueurs de talent ces dernières années, force est de reconnaître qu’elle n’avait pas Ronaldo ou Messi. C’est la raison pour laquelle les Allemands éprouvent des difficultés pour remporter des trophées individuels. Pour aspirer à remporter ce genre de trophée, il est important de jouer au Real ou au Barça.

Avez-vous toujours en tête des souvenirs de gardiens de but qui ont laissé leurs empreintes en Coupe du monde ?

Je me rappelle très bien des Coupes du monde 1982 et 1986 et de Toni Schumacher qui était un très grand gardien de but. Il n’avait commis qu’une seule erreur en finale qu’il a payée cash. Buffon a été lui aussi décisif lors du Mondial 2006. Casillas l’a aussi été pour l’Espagne tout comme le Brésilien Taffarel en 1994 et Barthez en 1998.

Quel est le secret de votre déclaration contre le Real, est-il vrai que vous avez refusé de porter son maillot par le passé ?

Je me rappelle qu’un journaliste d’un média espagnol m’avait demandé si je voulais porter le maillot du Real Madrid et j’ai répondu non. J’avais répondu que j’étais à l’époque dans le meilleur club au monde. Et c’était la réalité car le Bayern est un très grand club.

Pourquoi avez-vous critiqué récemment l’entraîneur du Bayern, Niko Kovač ?

Niko Kovač est un jeune entraîneur. Certes, il a réalisé de belles choses avec l’Eintracht Francfort. Mais au Bayern, gagner sans la manière n’est pas suffisant. Il doit convaincre les stars de l’équipe par ses idées de jeu, comme l’a fait Lucien Favre au Borussia Dortmund.

Ces derniers temps, on parle beaucoup de l’avenir de Franck Ribéry. Etes-vous pour sa prolongation de contrat ou pour le rajeunissement de l’effectif ?

Dans le pire des cas, Ribéry va quitter un jour le Bayern, ce qui est normal dans l’histoire du Bayern qui a vu le départ de plusieurs grands joueurs tels que Michael Ballack et Roy Makaay. La Bundesliga, en général, et le Bayern Munich, en particulier, sont caractérisés par une moyenne d’âge jeune. Ce n’est que de la sorte que le Bayern pourrait retrouver son lustre d’antan.  

Quels souvenirs gardez-vous de des rencontres disputées contre l’Angleterre ?

Je me souviens toujours de la demi-finale de l’Euro 1996 que nous avons remportée aux tirs au but. J’ai aussi disputé l’ultime match au stade Wembley, avant sa démolition. Il y a aussi la lourde défaite concédée à Munich sur le score de cinq buts à un. Lorsqu’on évoque les oppositions entre les deux pays, on évoque forcément la finale de 1966, sans oublier la demi-finale du Mondial 1990.

Quel est votre avis sur Lionel Messi et à quelle place vous le mettez dans la liste des légendes du foot ?

Messi, un crack comme Pelé et Maradona. C’est pourquoi il évolue dans le meilleur club au monde. La réussite et les trophées plaident pour lui. Ce donc logiquement s’il est désigné meilleur joueur au monde.

Pensez-vous que Modric a mérité ses récents trophées individuels ?

Oui, je pense que Modric a amplement mérité de remporter le Ballon d’Or. Il a remporté la Ligue des champions et a montré de belles choses au Mondial. C’est un grand joueur. On ne peut pas minimiser ses performances, notamment celle de mener la Croatie à la finale du Mondial.

Qu’est-ce qui a manqué à Messi de remporter un nouveau Ballon d’Or ?

Il lui a manqué un titre majeur la saison dernière. Il n’a pas remporté la Ligue des champions. Il est passé à côté lors de la Coupe du monde,  contrairement à Mdoric. Personnellement, je ne suis pas convaincu par les critères sur lesquels on se base pour choisir le Ballon d’Or, mais la réalité est ainsi faite. Les titres font la différence.

Il y a un gardien de but qui s’était illustré ces dernières années avec le Real, il s’agit de Navas. Que pensez-vous de ce gardien de but ?

Navas a grandement contribué à la consécration du Real Madrid en Ligue des champions la saison dernière. Mais le poids de la Coupe du monde est immense. Courtois a été fantastique et Lollris a été champion du monde. Moi je suis impressionné par ces gardiens, mais pour moi, Courtois est le meilleur. Je me rappelle aussi du rendement de Kasper Schmeichel face à la Croatie.

Que pouvez-vous nous dire de Buffon ?

Buffon n’est plus à présenter. Sa carrière avec la Juve en est la parfaite illustration. Il a mérité de remporter le Mondial avec l’Italie en 2006, même si ce Mondial reste un mauvais souvenir pour les Allemands. Buffon reste l’une des légendes du football. C’est l’un des gardiens dont je suis fier de rencontrer à chaque fois.

On dit que le foot se joue avec le cerveau. Etes-vous d’accord ?

Sans un gros mental, vous ne pouvez jamais gagner en football et cela même si vous vous donnez à fond à l’entraînement. Il faut rester concentré et être fort mentalement pour pouvoir avancer et aller de l’avant. Vous ne pouvez pas gagner si vous n’êtes pas concentré sur les moindres détails.

Comment ont été vos premières années après votre retraite sportive ?

Les trois premiers mois qui ont suivi l’arrêt de ma carrière ont été fantastiques. J’avais senti une grande liberté. Il n’y a pas eu de nouvelle vie, mais disons une vie différente. Mon rêve a toujours été de rester entre six à huit semaines dans un bateau, mais cela va rester un rêve car je ne peux rester plus de 4 ou 5 jours.

 

 

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Oliver Kahn n’a pas oublié la sélection algérienne

Avant le début de l’entretien, en marge de notre discussion, Oliver Kahn nous a fait savoir qu’il était certain qu’on allait lui parler du fameux match entre l’Algérie et l’Allemagne du Mondial 2014 : «J’étais certain que vous alliez me parler de ce match entre l’Algérie et l’Allemagne. Vous avez raison car c’est un bon souvenir pour les Algériens, en dépit de la défaite», nous a-t-il dit.

 

Il souhaite visiter l’Algérie et assister à la cérémonie du trophée du meilleur joueur algérien

Toujours en marge de notre discussion qui a précédé l’interview qu’il nous a accordée, nous avons parlé à Oliver Kahn de la cérémonie du trophée du meilleur joueur algérien Le Buteur - El Heddaf. Oliver Kahn a été surpris d’apprendre les grandes stars du Ballon d’or qui étaient les invitées d’honneur des précédentes cérémonies : «Cela prouve votre professionnalisme et la valeur de cette cérémonie», nous a-t-il déclaré.

 

C’est un chauvin du foot allemand

Ce qui nous a frappé le plus au cours de notre discussion avec Oliver Kahn, c’est son chauvinisme pour le football allemand. Il nous a d’ailleurs clairement expliqué qu’il ne souhaitait pas voir la philosophie du foot allemand changer à l’avenir. Pour lui, c’est cette même philosophie qui a permis à l’Allemagne de remporter plusieurs trophées majeurs.

 

Annoncé futur président du Bayern Munich...

Au Bayern Munich, une légende peut en cacher une autre. Membre de l'administration bavaroise depuis 1991, Karl-Heinz Rummenigge arrive en fin de mandat en 2021. Et le double-vainqueur de la Ligue des champions avec le Rekordmeister pourrait ne pas prolonger l'aventure. C'est un bruit qui court depuis quelque temps autour de l'Allianz Arena. A la recherche de son nouveau président, le champion d'Allemagne en titre aurait jeté son dévolu sur une autre ancienne gloire du club : Oliver Kahn. L'ancien gardien est actuellement consultant pour la chaîne ZDF. Ce samedi, après avoir analysé la victoire du Bayern face à Mönchengladbach (5-1), il s'est confié sur le plateau d'"Aktuellen Sportstudio". "Il y a des discussions, c'est vrai. Les choses se mettent en place et pourraient se concrétiser. Il faut savoir être patient." Celui qui est retraité des terrains depuis 2008 pourrait alors faire son retour au plus près de l'action. Il pourrait rejoindre l'organigramme du club 28 fois champion d'Allemagne en 2020 pour passer une année auprès de son prédécesseur, avant de devenir seul le patron du Bayern Munich.

 

... il possède une licence en sciences économiques et un diplôme en management

En plus d’un palmarès sportif remarquable auquel il faut ajouter de brillantes études, avant de passer professionnel, Oliver Kahn a passé son bac et obtenu une licence en sciences économiques à l'Université d'Hagen. Une fois à la retraite, il a poursuivi sur cette voie en obtenant un diplôme en management.

 

Son épouse a attiré toutes les attentions à Monte-Carlo

L’épouse d’Oliver Kahn a attiré l’attention lors de la cérémonie du Golden Boy à Monte-Carlo. Présente pour la première fois à Monaco, elle a été qualifiée de très classe. L’ancien portier du Bayern ne l’a, à aucun moment donné, laissée seule durant cette cérémonie.

Publié dans : Kahn

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