Interview

2e partie : Raouraoua : «C’est Gourcuff qui a bloqué Bensebaïni avant les JO»

«Ni Bensebaïni ni Ferhat ne sont bannis de la sélection» «L’erreur avec Rajevac est qu’il n’a pas ramené un bon interprète»

Auteur : jeudi 24 novembre 2016 11:15

Lors de cette seconde partie de l’interview que nous a accordée le président de la Fédération algérienne de football, Mohamed Raouraoua, au CTN de Sidi Moussa, beaucoup de points ont été abordés, à savoir le changement de sélectionneur opéré ces derniers mois à la tête de l’équipe première, les deux contre-performances face au Cameroun et le Nigeria mais aussi la tension qu’il y avait dans le vestiaire, après la défaite face au Nigeria. Raouraoua a dévoilé la méthode avec laquelle il a remobilisé les joueurs, après cet échec. Le président de la FAF a réitéré son soutien au sélectionneur Georges Leekens, aux joueurs ainsi qu’aux membres du staff, en prévision de la prochaine Coupe d’Afrique des nations. Raouraoua a bien évidemment parlé de plusieurs autres sujets qui seront dévoilés dans cette seconde partie… 

Quel est votre avis sur l’arbitrage ? 
Là aussi, on est en train de mettre de gros moyens. Récemment, nous avons acheté plus de 6 000 tenues pour les arbitres et ce, pour les différentes Ligues du pays. C’est dire qu’on déploie de gros efforts. Pour ce qui est des décisions prises, plus de 30 arbitres ont été sanctionnés. On est en train aussi de faire des stages pour les arbitres, suivant les règles de la FIFA. Maintenant, j’ai toujours dit qu’un arbitre ne doit pas faire des erreurs volontairement. Mais on est d’accord pour dire que tous les arbitres du monde font des erreurs. En règle générale, lorsqu’une équipe perd un match, on a souvent tendance à accuser l’arbitre. Je suis vraiment confiant pour l’arbitrage de notre pays car plus de 70% des arbitres sont des universitaires. C’est vous dire que le niveau intellectuel des arbitres est de plus en plus élevé. J’espère que de nouveaux arbitres émergeront. 
Comment expliquez-vous le fait qu’on ne voit plus de jeunes joueurs émerger en seniors alors que chez l’ancienne génération, celle des années 80 à titre d’exemple, les Belloumi, Assad et Madjer ont brillé à leur époque ? 
Ce n’est pas la même époque. Ces années-là, il y avait peu de clubs dans le championnat. De plus, ils accordaient une grande importance aux jeunes. Dans la matinée, il nous arrivait d’aller voir les matchs des jeunes, et l’après-midi, on se déplaçait de nouveau au stade pour assister aux matchs de la réserve et de l’équipe première. De nos jours, personnes n’accorde de l’importance à la formation des jeunes. On joue au football pour jouer seulement, non pas pour la formation. À ce sujet, il y a un chiffre important que je veux donner. 
Allez-y ? 
À titre d’exemple, la saison dernière, on n’avait pas moins de 55.000 jeunes dans chaque catégorie. Mais parmi tout ce nombre, on ne parvient même pas à avoir 11 bons joueurs capables d’aller battre la plus petite équipe en Afrique. 
Pour quelle raison, à votre avis ? 
Pour la simple raison qu’ils ne sont pas assez formés au niveau de leur club. Ils s’entraînent 1 ou 2 fois par semaine et le week-end, ils jouent leur match et c’est bon. Par la suite, ils changent de club chaque saison. C’est ce qui se passe au niveau des clubs amateurs et chez les clubs professionnels aussi. 
Excepté le Paradou AC… 
Le Paradou, c’est une autre affaire, puisqu’il a ouvert une académie. Ça n’a absolument rien à voir. Je parle en général des autres clubs qui ne forment pas. Le PAC est une exception. Il y a des clubs qui ne se déplacent pas le week-end car cela leur coûte 20.000 dinars de déplacement. D’autres ne veulent pas payer les entraîneurs car ils refusent de mettre de l’argent dans cette catégorie. 
Et la DTN dans tout ça ? 
Que peut faire une DTN si les joueurs ne sont pas formés ? C’est la raison pour laquelle nous avons décidé de revenir à l’académie, pour former de nouveaux joueurs. La plupart des joueurs qui ont composé cette équipe olympique sont issus de l’Académie. Les gens oublient que nous nous sommes qualifiés pour les JO. Il n’y a pas que l’équipe première en Algérie. Je tiens à dire que nous ne pouvons pas nous substituer au travail du club. Dans tous les pays du monde, la DTN prend les meilleurs joueurs du moment pour les mettre en Equipe nationale. Notre mission pour l’instant est de former les cadres, à savoir les entraîneurs, les préparateurs physiques et les entraîneurs de gardiens de but mais les clubs doivent aussi faire leur travail. Il y a aussi une chose très importante au sujet de la formation. 
Laquelle ? 
On ne peut pas faire de la formation sans avoir des centres de préparation. Le président de la République et le gouvernement ont évoqué la question des centres de formation depuis 2003. 13 ans après, aucun club n’a pu avoir son centre de formation. On ne peut pas parler de formation, sans avoir de centres de formation. Tant qu’on ne parle pas de centre, on continuera à faire du bricolage. 
Allez-vous renforcer la DTN ? 
De nos jours, la DTN fonctionne suivant le niveau que nous avons. Mais il y a des questions plus importantes aujourd’hui, celles de la formation et du recyclage des entraîneurs par exemple et ce, à tous les niveaux, y compris en Ligue 1 Mobilis. Lorsque j’ai déclaré qu’il fallait commencer les licences CAF, certains entraîneurs voulaient faire la grève. Aujourd’hui, ils nous supplient pour passer les diplômes car sans ça, ils ne peuvent pas travailler à l’étranger. Nous sommes en train de tout organiser pour élever le niveau. D’ailleurs, nous sommes sur le point de signer un partenariat avec les plus grandes fédérations en Europe, pour former des entraîneurs. Nous allons envoyer 300 entraîneurs faire les plus grands centres de formation en Europe pour avoir le diplôme de formateur. Ainsi, les 30 clubs qui composent les Ligues 1 et 2 Mobilis pourront engager 10 formateurs à la fois, pour bénéficier de leur expérience. Même au niveau de la CAF, on vient d’approuver la licence pro africaine. 
Récemment, il y a eu un grand débat sur les ancienne et nouvelle générations d’internationaux algériens. Quel est votre point de vue à ce sujet ? 
Faire la comparaison entre l’ancienne et la nouvelle génération est un faux débat à mes yeux. On ne peut pas comparer. Chacun a marqué son époque et ce sont tous des Algériens. Alors arrêtons ces débats. L’ancienne génération doit encourager ces jeunes joueurs et les nouveaux doivent respecter les anciens. 
Certains estiment que les joueurs qui viennent de l’étranger choisissent l’Algérie pour de l’argent… 
Celui qui cherche l’argent opte pour une carrière pro. Un joueur qui touche 100.000 ou 200.000 euros par euros par mois, combien va-t-on lui donner lorsqu’il vient jouer en sélection ? 50$ par jour ? C’est de la rigolade tout ça. Je tiens à dire qu’aucun joueur n’a exigé une prime de la Fédération. On doit exprimer notre gratitude à ces joueurs qui viennent de l’étranger et qui optent pour la sélection algérienne, au détriment d’autres nations. Ces joueurs qui défendent les couleurs de l’Algérie ont plus de mérite que ceux qui parlent sur les plateaux télé. J’estime qu’il faut beaucoup de retenue et de réserve. Il y a certains qui travaillent à l’étranger et qui ne critiquent que lorsqu’ils sont sur un plateau en Algérie. Ils ont choisi de quitter le pays, alors qu’ils restent à l’étranger et nous aident par leur silence. 
Revenons au match face au Nigeria. Avez-vous été affecté ,suite à cette défaite ? 
Personne n’est satisfait, après une défaite. S’il y a quelqu’un qui est affecté mentalement, c’est bien moi et l’ensemble des joueurs, le staff et les dirigeants qui travaillent pour cette équipe. Il est clair que j’étais déçu par cette défaite surtout que nous avions mis les joueurs dans les meilleures conditions. Maintenant, on doit faire comprendre aux gens que le football n’est qu’un jeu. Il arrive parfois qu’on gagne et d’autres fois qu’on perde. J’ai déclaré qu’il fallait fermer le dossier de la Coupe du monde provisoirement, car nous sommes sur le point de jouer la Coupe d’Afrique face aux meilleures équipes du continent. Il ne faut pas l’oublier. 
L’Algérie a-t-elle encore une chance de se qualifier ? 
Arithmétiquement, c’est encore possible. En tous les cas, je sais que tout est une question de mektoub. On peut passer avec 10 points comme on peut être éliminés en totalisant 13 points. Moi en tant que président de la Fédération, si je ne vais pas à la Coupe du monde, c’est une grosse perte sur le plan financier pour la FAF. Même l’Argentine n’est pas assurée de passer au Mondial, c’est vous dire que c’est très serré, pas seulement pour l’Algérie. 
Il y a ceux qui préfèrent remporter une Coupe d’Afrique plutôt que de participer au Mondial… 
Oui, c’est vrai. Il y en a qui pensent de cette manière. En tous les cas, je dis toujours aux joueurs qu’il faut gagner un trophée pour entrer dans l’histoire. Pour l’instant, l’Algérie n’a qu’une seule Coupe d’Afrique qu’on a organisée chez nous. Pour les entraîneurs qui parlent, je leur dis qu’il n’y a qu’un seul entraîneur qui a gagné la Coupe d’Afrique, c’est Kermali. D’ailleurs, le prochain nouveau stade ici portera son nom. Il y aura aussi d’autres infrastructures qui porteront les noms de ceux qui ont marqué l’histoire de notre football. 
Parmi vos choix, pensez-vous que les changements opérés ces derniers temps à la tête du staff technique de la sélection ont été un échec ? 
Non, pas du tout. Le départ de Gourcuff, c’est à cause de vous les journalistes. C’était son seul problème. Il n’a pas accepté les critiques à son égard. Ce n’est pas normal d’ailleurs, car lorsqu’on se trouve à la tête d’une sélection, on doit accepter les critiques. Pour ce qui est de Rajevac, l’erreur a été faite par lui, car il n’a pas su choisir un bon interprète. Je pense que s’il y avait un bon interprète, ç’aurait facilité la communication avec les joueurs. S’il avait donné plus de devoirs au reste du staff technique, on n’en serait pas là. Mieux que ça, si Slimani avait marqué le 2e but, on n’en serait pas là aussi. Les choses sont comme ça dans le football. Il y a des sélections qui ont changé quatre entraîneurs en une seule année. À mes yeux, le problème est ailleurs. Aujourd’hui, on est arrivé au stade où il y a une très grande concurrence entre les joueurs. C’est une bonne chose d’ailleurs, mais il faut des compétences pour pouvoir gérer le mental et la réaction des joueurs. Pour ma part, je ne suis pas un adepte des changements d’entraîneurs. Souvenez-vous à l’époque de Hallilhodzic, on était sortis d’une élimination au premier tour de la Coupe d’Afrique. On l’a maintenu à son poste et le temps nous a donné raison. 
Avez-vous une grande confiance en Leekens ? 
Oui, j’ai énormément confiance en lui et en son staff et les joueurs aussi. Ils sont conscients de la situation et j’espère qu’on parviendra à un résultat positif lors de la prochaine Coupe d’Afrique des nations. 
Sentez-vous que les joueurs veulent brandir le trophée lors de la prochaine CAN ou sont-ils sous pression, après cette défaite face au Nigeria ? 
Ils sont armés d’une grande volonté pour aller chercher ce trophée. C’est d’ailleurs ce que je leur ai dit à la fin de la rencontre face au Nigeria. Vous savez, à la fin d’un échec, c’est toujours très tendu entre les joueurs dans le vestiaire. Les gens ne savent pas ce qui se passe dans le vestiaire à la fin d’un match. Il y a une grosse tension, surtout après une défaite ou un nul. Les joueurs aiment leur pays et ne digèrent pas les contre-performances. J’ai expliqué aux joueurs à la fin du match face au Nigeria qu’il fallait oublier cette Coupe du monde. Je leur ai demandé de rester concentrés sur la Coupe d’Afrique car s’ils ne gagnent pas cette coupe, personne ne la gagnera. 
Y aura-t-il des changements voire un renforcement à la tête du staff de la sélection ? 
Tout est entre les mains du sélectionneur. S’il veut une aide, on lui mettra tous les moyens pour qu’il réussisse sa mission. On le mettra dans les meilleures dispositions. 
Beaucoup de choses ont été dites au sujet de Bensebaini. Ce joueur se trouve-t-il sur la liste noire de la Fédération ? 
Absolument pas. Nous n’avons pas de liste noire. Seul le sélectionneur est apte à choisir ses joueurs. Bien au contraire, Rami (Bensebaini, ndlr) est notre fils et ne peut pas être sur la liste noire. Il n’a pas participé aux JO, certes, mais je sais pour quelle raison. C’est Gourcuff qui l’a bloqué. C’est le même cas pour Zeffane. Lorsqu’il était à la tête de la sélection, il disait qu’il était le meilleur arrière droit à Lyon. Et maintenant que Zeffane est chez lui à Rennes, il ne le fait pas jouer. Je ne comprends pas cette situation. Pour ce qui est de Bensebaini, si le sélectionneur juge qu’il est apte à jouer en sélection, je n’y vois aucun inconvénient. Bien au contraire, ce sera un plus pour l’équipe. 
Concernant le cas Ferhat ? 
Même pour Zineddine Ferhat, il n’est pas sur la liste noire. Le cas de ce joueur est clair, il ne s’est pas présenté au regroupement de la sélection olympique et il était responsable de cette absence. Il aurait dû nous faire savoir qu’il allait partir en France pour signer avec Le Havre et qu’il n’allait pas participer aux JO. Cela n’aurait posé aucun problème. Même les dirigeants du Havre sont nos amis. On aurait trouvé un arrangement. Les dirigeants du Havre n’ont jamais refusé de le laisser participer aux JO. Mais ce qui nous a surpris, c’est d’apprendre la nouvelle de sa signature par le biais de la presse. Mais je tiens à dire que si le sélectionneur juge qu’il a sa place, il sera sélectionnable. Tous les joueurs algériens le sont d’ailleurs. 
Un dernier mot pour les supporters algériens qui n’ont toujours pas digéré cette défaite face au Nigeria? 
Justement, il faut digérer cette défaite. Et j’appelle les gens des médias et ceux qui animent les plateaux télé à expliquer aux supporters que ce n’est qu’un jeu et qu’il arrive parfois qu’on perde un match. Cela fait partie du football. On peut être au sommet mais parfois, on peut être aussi en perte de vitesse. Nous sommes parvenus à nous qualifier deux fois de suite au Mondial, après plusieurs années d’absence. Si on parvient à le faire une fois de plus, ce serait très bien, mais si on est éliminés, on se focalisera sur d’autres échéances. Je tiens toutefois à dire que nous sommes sur le point de prendre part à la Coupe d’Afrique des nations. Il y aura les meilleures équipes qui y participeront. Pour l’instant, on se focalise sur la CAN, avant de reparler de la Coupe du monde 2018. J’espère qu’on parviendra à réaliser un bon résultat au Gabon. Je tiens à dire que nous avons déjà entamé les préparatifs puisque l’encadrement technique a commencé à visionner les vidéos des prochains adversaires. Nous avons aussi tout mis en place concernant l’hébergement de la sélection. C’est vous dire qu’on ne laisse rien au hasard.

Publié dans : raouraoua Equipe National

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