Interview

Thuram : « L’EDF ne se prive pas pour accueillir un binational s’il a le niveau»

A partir du moment où on veut discriminer des enfants selon leur couleur de peau ou leur religion, cela s’appelle du racisme

Auteur : mercredi 21 mai 2014 15:22

Pour poursuivre sa lutte contre le racisme entreprise depuis la fin de sa carrière, Lilian Thuram a publié une bande dessinée (Notre Histoire - Volume 1, aux Editions Delcourt), afin de toucher un public plus jeune.

Lilian, pourquoi avoir opté pour une bande dessinée en vous inspirant de votre livre Mes étoiles noires ?
Une BD permet notamment aux enfants de découvrir l’histoire. Cela incitera même peut-être à la lecture de Mes étoiles noires par la suite. L’idée, c’est d’expliquer que l’on ne naît pas raciste, mais qu’on le devient. C’est quelque chose de culturel, comme le sexisme ou l’homophobie. Il est important de lier toutes ces problématiques. Il faut dénoncer le racisme mais aussi éduquer les enfants pour ne pas propager cette pensée culturelle. Il faut questionner cette habitude pour faire changer les mentalités. C’est intéressant de faire le lien entre ces problématiques car c’est compliqué de faire changer les choses. C’est une question de conditionnement. Pour le mariage pour tous, c’est religieux. Est-ce qu’une personne doit avoir plus de droits qu’une autre ? Non. Même les enfants font cette conclusion après un peu de réflexion.

Etes-vous optimiste dans ce combat ?
Nous sommes conditionnés par l’éducation de nos parents, par l’histoire, par le contexte culturel. Quand il y a une volonté de changement, il y a toujours de la crispation. Mais elle entraîne une discussion, donc c’est bon signe. On est alors obligé de réfléchir, de se positionner, de peser le pour et le contre. A l’époque de mon grand-père, il y avait du racisme, c’est certain. La société était hiérarchisée, les blancs étaient considérés comme supérieurs. Cela a changé grâce aux débats et il faut le poursuivre jusqu’à arriver à une société qui sera éduquée de manière humaniste. On ne jugera plus à la couleur de peau. Cela paraît simple, mais ce n’est pas encore intégré par toute la société. Il y a des préjugés négatifs mais n’en ayons pas honte, ne tombons pas dans une victimisation, une culpabilisation.

Vous n’êtes donc pas prêt à baisser les armes…
Essayons seulement de faire avancer les choses, en trouvant des outils pédagogiques comme des livres. Dans l’inconscient collectif, l’histoire des populations noires débutent par l’esclavage. Effectivement, avec ce point de départ, il y a un sentiment d’infériorité. Il faut donc présenter d’autres personnes qui ont fait des choses extraordinaires. Je garde en mémoire une stèle en hommage à Charles de Gaulle avec l’inscription "la flamme de la résistance ne s’éteindra jamais". Il combattait le nazisme, qui hiérarchisait les hommes avec une prétendue race arienne. Notre culture reste raciste, comme elle est encore sexiste et homophobe. Le vrai problème, c’est d’avoir du mal à se décentrer, à se mettre à la place des autres. Tentons d’améliorer les choses, d’apporter aux générations futures. La couleur de peau ne détermine en rien les qualités et les défauts de quelqu’un. L’histoire racontée n’est peut-être pas la meilleure. Il n’y a pas d’histoire noire, ni d’histoire blanche, mais simplement l’histoire de l’homme.

Au moins, dans le football, le racisme est devenu quasiment inexistant, surtout en France.

Déjà, c’est très important de rappeler que le racisme qui existe dans le football n’est que le reflet du racisme qu’il y a dans la société. Le football n’est pas un monde à part. Effectivement, il y a moins de manifestation raciste en France qu’en Italie. Mais il n’y a pas très longtemps, on a eu l’affaire des quotas à la FFF. A partir du moment où on veut discriminer des enfants selon leur couleur de peau ou leur religion, cela s’appelle du racisme. Si on veut discriminer des gens selon leur sexualité, cela s’appelle de l’homophobie. Dans le football, des gens jugent encore à la couleur de peau. C’est ce qu’il faut dénoncer pour avancer.

Comprenez-vous encore aujourd’hui cette idée des quotas ?
Ce qui me dérange, c’est que certains pensent que des enfants choisissent une autre sélection au détriment de l’équipe de France. C’est seulement car ils n’ont pas leur place chez les Bleus. Cette grande hypocrisie me dérange. L’équipe de France ne se prive pas pour accueillir un binational s’il a le niveau. David Trezeguet a été appelé avec la France alors qu’il n’a pas grandi en France (né à Rouen, où a joué son père, le joueur a été recruté à l’âge de 17 ans à Monaco, ndlr). Il était bon, donc la FFF s’est intéressée à lui. Rien de plus.

Au niveau international, quelle importance ont les icones africaines comme Didier Drogba ?
En général, le football lutte contre le racisme. Dans toutes les équipes, il y a des joueurs de cultures et de couleurs différentes. Ils travaillent bien ensemble car il y a un objectif en commun. Didier Drogba est aimé dans le monde entier et cela a de l’importance. Les gens ont des idoles et les enfants ont besoin d’étoiles de toutes les couleurs. Mieux, le football est un outil extraordinaire contre le racisme car il agit de manière inconsciente.

A l’inverse, l’équipe de France, lors de ses frasques, a pu raviver une certaine haine raciale…
Totalement, car les gens jugent encore par rapport à la couleur de peau. Lorsque des jeunes maghrébins de l’équipe de France font des conneries, on met tout le monde dans le même panier. Or celui qui pense de cette manière ne ferait jamais de telles généralités avec les gens de sa couleur. Ce serait simplement stupide !

Qu’avez-vous pensé de Nicolas Anelka et de son geste de la quenelle ?
Je ne savais même pas ce qu’était une quenelle ! Lorsque Nicolas Anelka a fait ce geste, je me suis renseigné et j’ai vu aussi des policiers, des pompiers, des journalistes faire ce geste. Car ils avaient tous une interprétation différente, c’était souvent pour s’amuser. Je ne peux pas répondre à la place d’Anelka, mais il a fait ce geste pour Dieudonné, il n’y avait pas de message politique. Malheureusement, il paie pour ça, mais il a déjà pris des coups dans sa carrière, il se relancera.

Enfin, l’équipe de France a retrouvé une meilleure opinion auprès du pubilc grâce à la qualification en Coupe du monde. Etes-vous aussi enthousiaste ?
Le comportement des supporters est souvent lié aux résultats. Ce serait intéressant de voir une critique sans considération d’origine en cas de mauvais résultats. Certains vont chercher des explications dans les origines ou le milieu social des joueurs, mais c’est rarement perspicace. Cela reste du football, on ne peut pas toujours gagner. Pour la Coupe du monde, les joueurs aborderont la compétition avec confiance. Ce qu’il s’est passé lors des deux matches est très important. S’en sortir après avoir été proche de la catastrophe, cela change une équipe.

                                                                                   IN Football.fr

Publié dans : Thuram

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