Interview

Fellaini : «Bentaleb a un superbe pied gauche»

«Bougherra a une maîtrise technique et un physique qui lui permettent de rivaliser sur le terrain»

Auteur : jeudi 13 mars 2014 17:13

Dimanche 2 mars. Il est 15h à Bruxelles, lorsque le père de Marouane Fellaïni nous appelle au téléphone. Le rendez-vous avec la star de Manchester United est prévu dans une heure,  dans un des hôtels les plus luxueux de la capitale belge, le Sheraton. Une heure plus tard, Marouane Fellaïni est arrivé, dans une luxueuse Golf  blanche. Très modeste et sympathique, Marouane Fellaïni  a accordé sa première interview à un quotidien algérien. Transféré d’Everton à Manchester United, l’été dernier, pour un montant record, Fellaïni, le Diable rouge, n’a pas trouvé d’inconvénient à s’adresser aux Algériens, à trois mois du match Belgique-Algérie. Dans l’interview qui suit, le joueur parle de plusieurs volets très intéressants qu’on vous laisse le soin de le découvrir.
Bonjour Marouane, on vous remercie d’avoir accepté de nous accueillir ici à Bruxelles…
Bonjour, ce n’est rien. Je vous souhaite la bienvenue.
Vous êtes titulaire à part entière chez les Diables rouges et vous êtes appelé à disputer la prochaine Coupe du monde. Comme par hasard, vous allez jouer l’Algérie en plus de la Russie et de la Corée du Sud…
Je pense que c’est un bon tirage. En Coupe du monde, ça se joue sur un match, c’est donc difficile car tout peut arriver et personne ne peut prédire quelque chose. On a hérité d’une équipe algérienne qu’on ne connaît pas bien. Il y a la Corée du Sud avec son style de jeu asiatique. On a déjà joué face à une équipe qui possède presque le même style de jeu que les Coréens, donc je pense qu’on a une idée, ça va être vif et rapide. Enfin, il y a la Russie. On a déjà affronté cette équipe qui renferme des joueurs qui jouent en Premier League anglaise. Il ne faut pas aussi oublier que le championnat russe est très suivi. Les clubs russes commencent à se faire connaître en Europe. Il y a le Zenith Saint-Petersbourg qui est toujours en lice en Ligue des champions. Le football russe a beaucoup progressé, notamment ces dernières années.
Vous dites que vous ne connaissez pas l’équipe algérienne…
Oui, on l’a vu jouer mais on ne possède pas un maximum d’informations. On sait déjà que le jeu algérien est basé beaucoup plus sur la technique. En plus, on sait que l’Algérie a des joueurs qui évoluent en Angleterre, Italie, Espagne et en France. On sait qu’on aura de bons joueurs en face de nous.
Les spécialistes sont unanimes à dire que les Diables rouges sont les favoris de ce groupe H, quel est votre avis ?
Pour nous les joueurs, on va être prudents. Comme je vous l’ai dit, sur un match, tout peut se passer. On va gérer les matchs un par un, minute par minute, se donner du plaisir et savourer. Dans ce genre de compétition, on n’est jamais à l’abri d’une surprise. 
Etant donné que vous n’avez pas assez d’informations sur l’équipe algérienne que vous allez affronter lors du premier match, le 17 juin, est-ce un avantage pour vous ou un inconvénient ?
Non, avant ça, nous allons affronter l’équipe tunisienne en amical. Ce sera donc l’occasion de nous faire une idée sur le style de jeu maghrébin. Je sais que celui des Tunisiens n’est pas identique à celui de l’Algérie, mais il y a une ressemblance. Après, il y a le coach national (Ndlr : Marc Wilmots) qui va superviser l’équipe algérienne pour nous donner un maximum d’informations. Je parle notamment des qualités et des défauts.
Savez-vous que l’Algérie a toujours réussi des choses remarquables face aux grandes nations du football. L’Allemagne en 1982, le Brésil en 1986 et l’Angleterre en 2010 en Afrique du Sud. Vous allez prendre cela en considération ?
Il faut savoir quelque chose d’important. Lorsqu’on affronte une grande équipe, on est toujours motivés, très motivés même. Pour nous, ce sera notre première Coupe du monde. Le groupe est serein et motivé pour réaliser quelque chose dans ce tournoi. En outre, nos matchs sont toujours bons et plaisants (rire).
Juste après le tirage au sort du premier tour, tout le monde était d’accord pour dire que la Belgique et la Russie accèderont au second tour…
Il n’y a pas de favori dans ce groupe. Ce sera vraiment ouvert à toute éventualité. La Russie est une bonne équipe qu’on connaît. La Corée du Sud est une équipe qui ne se laisse pas faire et elle a démontré par le passé qu’elle est capable de réaliser de bons résultats en Coupe du monde. L’Algérie est aussi une bonne équipe qui jouera ses chances à fond. On aura une petite idée après les premiers matchs du groupe. Donc, rendez-vous le 17 juin.
Avez-vous une idée particulière sur l’équipe algérienne ?
Oui, j’ai entendu parler d’un défenseur que j’ai vu même une fois, il était en Ecosse, je me souviens. Il est très costaud.
Vous parlez de Madjid Bougherra ?
Oui, voilà, c’est lui. Je l’ai vu jouer une fois, je dois dire qu’il a du talent. Il a une bonne maîtrise technique mais aussi une force physique qui lui permet de rivaliser sur le terrain. Au fait, il est dans quel club en ce moment ?
Il évolue à Lekhwiya, au Qatar…
Ah, OK.
Il y a un autre Algérien dont vous avez entendu parler ces derniers temps puisqu’il est déjà considéré comme une révélation de la Premier League. Il s’agit de Nabil Bentaleb des Spurs de Tottenham qui vient d’honorer sa première convocation en Equipe nationale d’Algérie…
J’ai entendu parler de lui. Je l’ai donc suivi une fois ou deux et j’ai constaté qu’il a des qualités. Il a un super pied gauche aussi. En plus, le fait de s’être imposé dans un grand club comme Tottenham veut dire que c’est un bon joueur.
Les Algériens parlent beaucoup d’Eden Hazard par rapport à tout ce qu’il fait à Chelsea. Ne pensez-vous pas que c’est une erreur d’oublier les autres joueurs ?
Oui, Eden Hazard est notre numéro 10, le pilier de la sélection. Néanmoins, je pense que les Algériens ne doivent pas oublier les autres joueurs. Cette sélection de Belgique renferme dans ses rangs dix joueurs évoluant en Premier League anglaise. Cela veut dire que ce sont de très bons joueurs qu’il va falloir prendre très au sérieux. Pour notre part, nous allons prendre en considération l’équipe algérienne, pas un joueur ou deux. Dans le football, le collectif est très important.
Avec quel état d’esprit allez-vous affronter l’équipe algérienne et comment allez-vous préparer cette rencontre ?
On va aborder ce match comme on le fait habituellement. On ne va surtout pas sous-estimer l’équipe algérienne. On va la prendre très au sérieux. Lorsqu’on a la grosse tête, on risque de se faire piéger. Comme je vous l’ai dit, ce sera la première Coupe du monde pour ce groupe. On va jouer et se donner à fond lors de toutes les rencontres.
Vous qui êtes Marocain d’origine, est-ce que le match du 17 juin à Belo Horizonte face à l’Algérie sera spécial pour vous ?
Non, pas du tout. C’est vrai, je suis d’origine marocaine. Je suis Maghrébin aussi et je suis fier de l’être. Mais, je n’oublie pas que je défends les couleurs de l’équipe nationale belge. Je vais donc me donner à fond pour les honorer. Le 17 juin, j’oublierai pas cette histoire. Je ferai le maximum et je me donnerai à fond pour gagner ce premier match de Coupe du monde qui sera important pour la suite du tournoi.
Vous êtes certainement en quête d’informations sur l’Algérie, notamment ses points forts et faibles...
Le sélectionneur national, qui s’en occupe, nous les communiquera, je pense, au mois de juin, juste avant le match.
Avez-vous suivi l’équipe algérienne lors de la Coupe du monde 2010 qui s’est déroulée en Afrique du Sud ?
Oui, ils ont été éliminés au premier tour, mais je n’ai rien retenu de cette équipe.
Vous pensez que ça a changé depuis quatre ans ?
Oui, bien sûr que ça change après plusieurs années. Il y a quatre ans, la Belgique n’était pas qualifié en Coupe du monde, il ne faut pas oublier ça.
Vous marquez des buts avec la sélection à Bruxelles, mais pas assez à l’extérieur. Il y a la Coupe du monde en vue, vous pensez à améliorer vos chiffres ?
C’est toujours un plaisir de marquer des buts avec la Belgique, parce que c’est mon pays. Après, je veux toujours marquer lorsqu’il y a un match. Pour le Mondial, j’espère marquer et surtout contribuer aux succès des Diables rouges.
Après une période difficile, vous avez effectué un retour tonitruant contre Crystal Palace qui a permis à Manchester United de s’imposer. Ce qui vous rend très ambitieux... 
Je suis un joueur ambitieux qui veut aller très loin dans sa carrière. J’avoue que j’ai traversé des moments difficiles à cause de ma blessure. Désormais, ça fait partie du passé. Ma dernière apparition face à Crystal Palace m’a donné des ailes. Je souhaite terminer la saison en force pour pouvoir être prêt pour la Coupe du monde. C’est une compétition très importante qui m’attend, je veux donc être à la hauteur. 
Justement, Marc Wilmots a déclaré récemment qu’il comptera sur les joueurs en manque de compétition, dont vous. Une telle déclaration vous met sans doute très à l’aise et vous éloigne de la pression…
Oui, mais il ne faut pas oublier qu’il reste encore deux mois avant la Coupe du monde. Je pense que c’est suffisant pour les joueurs afin de gagner en temps de jeu. Cela est valable pour tout le monde, pas uniquement moi. En ce qui me concerne, je travaille dur, je veux réussir une bonne Coupe du monde. Du coup, je me prépare bien à Manchester pour pouvoir jouer, après avoir raté des matchs pour cause de blessure.
Hazard-Fellaïni-Lukaku, ce fameux trio de la Premier League peut-il conduire les Diables rouges vers le sacre final ?
Il n’y a pas de trio. Pour moi, il y a toute une équipe. Je vous ai dit que la Belgique a dix joueurs qui évoluent en Premier League, pas seulement les trois que vous venez de citer. Dans le football, c’est tout le groupe qui compte. Pour moi, les 23 qui iront en Coupe du monde peuvent jouer et conduire la Belgique vers le succès. Ce n’est pas un ou deux joueurs. Si on gagne, c’est tout le groupe qui a gagné, dans le cas contraire, c’est tout le groupe qui a failli. Voilà mon point de vue. 
La Coupe du monde est-elle un objectif pour la Belgique ?
Ecoutez, on a une très bonne équipe. Je pense qu’on a même démontré cela lors des éliminatoires de la Coupe du monde. Maintenant, il va falloir aller le confirmer au Brésil. On a un très bon groupe et de très bons joueurs qui évoluent dans le haut niveau. Je pense qu’il faut en profiter au maximum pour réaliser la meilleure performance possible.
Beaucoup pensent que cette génération est meilleure que celle de 1986. Partagez-vous cette idée ?
Sincèrement, je ne sais pas si cette équipe est meilleure que celle de 1986. L’occasion est venue pour nous de prouver notre talent, j’espère qu’on pourra le faire.
Visez-vous un objectif personnel en Coupe du monde ?
Non, pas spécialement. Il s’agira d’essayer de remporter le maximum de matchs possibles. On veut aller loin dans cette compétition et on veut réaliser une bonne performance.
Le favori selon vous pour cette Coupe du monde ?
Sincèrement, il y aura de bonnes équipes lors de ce tournoi. Il y a l’Espagne qui pratique un beau football et qui a réussi à remporter la dernière Coupe du monde en Afrique du Sud.
Beaucoup voient le Brésil…
Oui, peut-être. Le Brésil est une nation de football qui jouera chez elle. Il y a aussi l’Espagne et peut-être même la France. Après, il y a de bonnes équipes, il faut négocier les matchs un par un pour réaliser une grosse performance. 
On sait que vous avez joué en équipe nationale marocaine des jeunes catégories, mais par la suite, vous avez opté pour la Belgique. Pouvez-vous nous dire comment ça s’est passé ?
En effet, j’étais sélectionné chez les jeunes catégories de l’Equipe nationale marocaine. Sincèrement, ça s’est très bien passé. Par la suite, je suis passé directement professionnel. La Fédération belge m’a contacté pour jouer au profit des Diables rouges, tandis que du côté marocain, ça temporisait. Donc, j’ai choisi directement de jouer pour l’équipe belge car ici en Belgique, on a cru en moi et en mes capacités, voilà tout.
Aujourd’hui, vous ne regrettez pas cette décision ?
Sincèrement non, je ne regrette rien. J’ai vécu vraiment des moments inoubliables avec l’équipe belge. On a réussi une qualification en Coupe du monde, c’est une excellente performance pour moi et pour toute l’équipe. Non, je ne regrette pas d’avoir choisi la Belgique.
Votre choix pour la Belgique vous a-t-il aidé dans votre cursus professionnel ?
Oui, bien sûr, ça aide beaucoup. Avec la Belgique, ça permet de jouer la Coupe d’Europe des nations et la Coupe du monde aussi. Donc, les Diables rouges me permettent de prendre part aux plus grandes compétitions de football. Cela est très important. Je ne dis pas que le Maroc ne me permet pas de disputer les grandes compétitions. Les Lions de l’Atlas ont de très bons joueurs, mais ils ne se sont pas qualifiés, malheureusement.
Votre papa a été gardien de but du Raja Casablanca, vous avez sans doute un penchant pour ce club…
Sincèrement, j’étais très jeune lorsque mon père était gardien de but du Raja de Casablanca. Je n’ai pas d’équipe favorite au Maroc, mais je pense que le Raja est actuellement la meilleure équipe du Maroc.
Vous ne suivez pas le derby de Casablanca WAC- RAJA ?
Non, je ne le suis pas. Je ne suis pas du tout le championnat marocain. Par contre, je suis les résultats de l’Equipe nationale marocaine lors des éliminatoires de la Coupe d’Afrique des nations et même des éliminatoires de la Coupe du monde. Vraiment, ils ont de bons joueurs, mais il manque un bon état d’esprit pour réaliser de bons résultats. Nous en Belgique, on s’est qualifiés grâce à un très bon état d’esprit, un esprit de groupe, ce dont nous avons manqué par le passé.
C’est une frustration pour vous de ne pas voir le Maroc en Coupe du monde 2014 ?
Ah, oui, ça me fait mal de ne pas voir le Maroc en phase finale de Coupe du monde, car je supporte la sélection marocaine et je suis ses résultats. Ils ont de bons joueurs mais c’est à eux de construire une bonne équipe pour qu’elle soit présente lors des échéances importantes.
Vous avez suivi alors Maroc-Algérie de Marrakech…
Ah oui ! Je me souviens de cette rencontre. Le Maroc avait gagné quatre buts à zéro. Je pense que les Lions de l’Atlas étaient ce jour-là nettement supérieurs aux Algériens. En outre, c’est tout le peuple marocain qui était derrière son équipe ce jour-là. Ils ont gagné avec l’art et la manière.
La CAN-2015 sur le sol marocain…
C’est l’occasion de montrer que le Maroc est une nation de football et de tenter de réaliser une bonne performance. Je reste persuadé que tout le peuple marocain sera derrière son équipe.
Si le Maroc se qualifie pour la finale, allez-vous marquer votre présence au stade ?
Pourquoi pas ? Mais la CAN aura lieu en janvier, je ne pense donc pas pouvoir me rendre au Maroc pour assister à la finale.
On vous laisse le soin de conclure par un message aux Algériens puisque vous avez beaucoup de fans en Algérie… 
Ah oui !? Je ne le savais pas (rire). Je tiens à remercier les Algériens pour leurs soutien et encouragements. Je souhaite aussi bonne chance à l’équipe algérienne en Coupe du monde. Salam à vous et à tout le peuple algérien.
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D’Anvers au Sheraton
Profitant du report de la rencontre Manchester United -Manchester City, à cause de la finale de coupe de la Ligue disputée par le voisin Citizen, Marouane Fellaïni s’est rendu à Bruxelles. Il en a ainsi profité pour passer chez le staff médical de l’équipe belge, afin d’être complètement rétabli. Les soins ont eu lieu dimanche à Anvers, à quelques kilomètres de Bruxelles. Par la suite, Fellaïni nous a rejoints à Bruxelles pour réaliser cette interview.

Le Mancunien parle aussi l’arabe
Le joueur de Manchester United, marocain d’origine, parle très bien l’arabe. En aparté, avant et après l’interview, il a glissé quelques mots d’arabe comme par exemple «Inch’Allah», «El Moghrib», «Ma fich mouchkil», «Salam»....
 

Publié dans : algerie Fellaini manchester united bentaleb belgique

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