Interview

Henry : « Entrainer ? J’ai la vocation et cela m’intéresse, mais ….»

Après 20 ans d’une carrière riche en succès, Thierry Henry a pris la décision, en décembre dernier, de raccrocher les crampons. Champion du monde et d’Europe, « Titi » entame une carrière de consultant et commence à se former au métier d'entraineur.

Auteur : mardi 24 février 2015 11:59

Thierry, vous avez remporté nombre de prix, mais le Ballon d’or s’est toujours refusé à vous malgré sept présences consécutives dans le top 10, de 2000 à 2006, et deux places parmi les trois finalistes. Que signifie ce prix pour vous ?
Quand on joue au football, l’objectif est de remporter des titres en équipe. On donne tout pour ça et les distinctions personnelles n’arrivent que si l’équipe marche bien et que l’on marche bien au même moment. Je n’ai jamais gagné le Ballon d’or. J’ai remporté d’autres récompenses individuelles, ce qui est vraiment extraordinaire, mais ça n’a jamais été mon objectif. Honnêtement, j’ai toujours donné la priorité au collectif. En revanche, ce qui est vraiment important pour moi, c’est tout le temps que j’ai passé au plus haut niveau. Pour moi, c’est aussi important qu’une distinction individuelle.

L’importance du collectif  s'est justement illustrée avec l’Allemagne de Joachim Löw, victorieuse au Brésil. Qu’est-ce qui vous a le plus surpris chez cette équipe ?
C’est une génération extraordinaire, qui marquera durablement l’histoire du jeu. Leur seule victoire contre le Brésil en demi-finale leur vaut une place dans les annales. En plus, ils ont remporté la Coupe du Monde. C’est l’aboutissement d’un long processus qui a commencé avec des défaites. Quand ils ont perdu la finale de la Coupe du Monde 2002, ils ont compris qu’ils avaient besoin de se renouveler. Ils ont ensuite atteint les demi-finales en 2006, puis ont disputé la finale de l’Euro 2008…

Comment jugez-vous cette évolution ?
C’est curieux. Avec l’équipe de France, j’ai vécu le processus inverse. D’abord le succès et ensuite les mauvais moments. Cette génération allemande a su tirer les leçons de ses échecs. Elle a perdu, elle a souffert, elle a encore perdu et elle a appris de ses défaites. Ce succès récompense de longues années de souffrance. C’est une génération qui ne s’est jamais avouée vaincue, qui a continué de se battre jusqu’à enfin atteindre son objectif. Une telle génération, avec des joueurs comme Philipp Lahm, qui est là depuis le début, mérite ce qui lui arrive.

Quelle impression vous a laissé le football pratiqué pendant Brésil 2014 ?
Nous avons vu une réelle évolution, notamment avec Manuel Neuer, qui a révolutionné le poste de gardien. Il y avait déjà eu une évolution avec le changement de règle sur les passes au gardien, mais Neuer a vraiment amené quelque chose de nouveau. Il y a eu des systèmes avec beaucoup de joueurs offensifs, mais jamais un gardien n’avait joué si loin de ses cages. L’Ajax de Johan Cruyff passait aussi très souvent par le gardien, mais il ne se trouvait jamais sur la même ligne que les défenseurs. Avec lui, il y a toujours un joueur de champ supplémentaire. Ce changement est possible grâce à la liberté que lui accorde son entraîneur. Neuer est un immense gardien. Il a su garder son sang-froid et relancer proprement, comme un vrai libero. Dans les années 1980 et 90, on connaissait bien ce rôle. Aujourd’hui, c’est Neuer qui incarne le nouveau libero. Il a vraiment surpris tout le monde au Brésil. Désormais, tous les gardiens vont prendre exemple sur lui.

Changeons de poste… En avant-centre, vous préférez Cristiano Ronaldo ou Lionel Messi ?
J’ai eu la chance de jouer avec Messi, donc vous connaissez ma réponse (rires). J’ai un profond respect pour Ronaldo, qui évolue au plus haut niveau depuis de longues années. A un niveau extraordinaire, même ! Beaucoup de joueurs sont capables de réussir une bonne saison, puis de se signaler encore quatre ans plus tard. Mais eux, ils sont au sommet depuis très longtemps... Je pense qu’on ne réalise pas très bien ce qu’ils sont en train de faire. Je respecte énormément Ronaldo, mais j’ai joué avec Messi et j’ai passé de grands moments à ses côtés. Nous avons gagné ensemble et perdu ensemble. Pour tout ça, je choisis Leo.

En 2007, quand vous êtes arrivé au FC Barcelone, avez-vous compris d’emblée que Messi, qui n'avait que 20 ans à l'époque, était un joueur exceptionnel ?
Tout le monde le voyait depuis longtemps. Pas besoin d’être un expert... Leo était exceptionnel et il l’est toujours. On manque de superlatifs pour qualifier son talent. On a une chance énorme de le voir jouer, car un jour il arrêtera et on le regrettera. Il faut en profiter. Dès le premier entraînement, ce qui m’a frappé c’est son envie de marquer, d’aller défier le gardien adverse. Quand il reçoit le ballon, il est obsédé par le but.

Vous exercez désormais en tant que consultant à la télévision. Envisagez-vous de devenir entraîneur ?
Oui, bien sûr. Mais chaque chose en son temps. D’abord, il faut obtenir la licence. C’est une chose de bien connaître le football et c’en est une autre de transmettre ses connaissances aux joueurs, de gérer les égos… Ce n’est pas facile. J’ai beaucoup de choses à apprendre. Mais j’ai la vocation et cela m’intéresse.

Vous parlez de l’égo des joueurs… Est-ce l’aspect le plus épineux ?
Non, pas vraiment. Quand on est joueur, on s’entraîne et on rentre à la maison. L’entraîneur, lui, doit arriver tôt, préparer l’entraînement et penser à la suite. Comment réintégrer un joueur blessé ? Comment sortir d’une mauvaise passe ? Il faut résoudre tous les problèmes : un joueur qui se plaint parce qu’il ne joue pas, la presse qui évoque les trois derniers matches sans victoire... Il faut gérer tout ça et ce n’est pas facile. Il faut donc avoir la patience de bien se former.

Parmi tous les entraîneurs que vous avez connus, lequel vous a le plus marqué ?
J’ai beaucoup appris avec tous, à la fois dans les bonnes périodes et dans les mauvaises. On parle toujours des bonnes années, mais on apprend encore plus quand ça va mal. On essaie souvent de se sortir ces instants-là de la tête, mais c’est une erreur. Il faut s’en souvenir pour ne pas reproduire les mêmes erreurs et en tirer des leçons.

 

 

                                                   IN FIFA.com

Publié dans : Arsenal Henry

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