Interview

Hossin Lagoun sera sans doute le futur remplaçant de Mbolihi : «Je rêve de déposer mon maillot sur la tombe de mon père, dès ma première sélection avec les Verts»

«Toufik Kourichi m'a téléphoné pour me demander de préparer mon passeport algérien»

Auteur : Nacym Djender jeudi 18 septembre 2014 01:51

Hossin et Hassan Lagoun sont des jumeaux nés en Suède, de parents algériens. Le premier a choisi de devenir gardien de but, comme son défunt père, alors que le second joue en attaque. En été, il était question pour eux de signer à Terracina, en Série C italienne, mais ce rêve a été reporté par le destin qui les a reconduits au point de départ : Malmö. C'est dans cette ville, qui a vu éclore Zlatan Ibrahimovic, que les deux footballeurs ont commencé leur carrière. Et c'est chez eux qu'ils nous ont reçus en exclusivité pour nous faire part de leurs ambitions. Une aventure qui ne fait que commencer. Beaucoup d'agents se démènent pour les placer dans de grands clubs d'Europe. Mohamed Grine, son conseiller, parle déjà de sollicitations émanant d’Angleterre. En attendant, Hossin et Hassan se préparent à intégrer l'équipe d'Algérie olympique dont les dirigeants leur ont demandé de préparer les passeports. Un bon signe pour la suite de la carrière de celui qui sera sans doute le futur remplaçant de Raïs Mbolihi chez les Verts. 

Merci Hossin de nous accueillir chez vous, à Malmö… 
C'est moi qui vous remercie d'avoir pris la peine de venir jusqu’ici spécialement pour moi et mon frère Hassan. Franchement, on en est honorés. 
Si on est venus chez vous, c'est parce que vous avez défrayé la chronique ces derniers jours. On parle beaucoup de vous... 
Oui, c'est vrai, nous aussi l’avons constaté depuis quelque temps. J'espère que tout ce bruit aboutira à quelque chose de concret. Il faut dire que nous n'avons encore rien fait pour faire parler de nous pour le moment. 
Vous avez juste signé à Terracina en Série A, alors que vous avez été formés à Malmö. C'est suffisant déjà pour qu'on parle de vous, non ?
Oui, on en parle bien sûr à cause de cela. Mais la vérité, c'est qu'il y a beaucoup de choses qui ont changé depuis qu'on a été à Terracina. Ce n'est pas du tout comme on l'avait espéré. 
Comment ça ? Vous jouez bien en Italie, non ?
On allait jouer en Italie. Mais aujourd'hui, on est retournés à Malmö. La situation s'est un peu compliquée à cause des fausses promesses qu'on nous a données avant d'aller à Terracina. Nous avons été très déçus de ce qu'on a trouvé, une fois sur place. Les promesses n'ont pas été tenues par les dirigeants du club, même si l'entraîneur Fabio Celestini a été très gentil avec mon frère et moi.
Fabio Celestini, c'est bien l'ancien international suisse qui a joué à l'Olympique de Marseille ?
Oui, c'est lui, il a aussi joué à Getafe et à Levante, en Espagne. La saison dernière, il était l'adjoint de Bernd Shuster, l'ancien entraîneur du Real Madrid. Les entraînements avec lui sont de très haut niveau. Je garderai un bon souvenir de Celestini. Mais lui aussi a été dégoûté par l'ambiance qui régnait dans ce club. 
Que s'est-il passé au juste pour que vous abandonniez une telle opportunité ?
Je n'ai pas abandonné Terracina. J'ai juste été écœuré par ce que j'ai vu sur place. Ce n'était vraiment pas sérieux. En décidant d'y aller, je pensais que ça pouvait me servir de tremplin pour accéder dans un ou deux ans à la Série A, surtout que les contacts ne manquent pas là-bas. 
On a parlé de Modena, Torino, Genoa et Ascoli, c'est vrai tout cela ? 
Oui, c'est vrai...
Il y a tellement de contacts qu'on se perd un peu dans tout cela. Et si on redémarrait tranquillement en vous demandant d'abord de nous raconter votre parcours ? Les lecteurs ne vous connaissent pas encore. On vous découvre en Algérie...
(Il sourit). Oui, vous avez raison, commençons par le début donc. Je m'appelle Hossin Lagoun, je suis né le 4 décembre 1995 à Malmö. Je ferai donc 19 ans dans quatre mois. Je suis gardien de but. J'ai commencé à jouer au football à l'âge de 4 ans. Mon père, Allah yerrahmou, a été mon premier entraîneur. Lui-même était gardien de but. J'étais joueur de champ à mes débuts, puis un jour, on nous a ramené les équipements. Comme je suis curieux de nature, j'ai été accroché par la couleur des gants et j'ai dit à mon père que je voulais les essayer. (Il rit). 
Votre papa, Allah yerrahmou, a dû être très content de vous voir choisir le poste de gardien de but, non ?
Oui, bien sûr ! Il a été ravi que je choisisse le même poste que lui sans qu'il n'intervienne dans mon choix. De plus, je ne savais même pas qu'il était gardien de but. Je voulais juste essayer les gants qui scintillaient devant moi. Pendant le match, mon père, Allah yerrahmou, s'était installé derrière les buts et me dictait ce que je devais faire et où me placer. Plus il me parlait, plus je prenais confiance en moi, et ça me plaisait encore davantage. J'avais compris tout de suite que ce poste était une énorme responsabilité au sein de l'équipe. On peut passer de géant au néant, selon votre rendement. C'est ce qui m'a le plus plu dans ce poste. 
Après, vous êtes passé aux choses sérieuses en optant pour le plus grand club de Suède, Malmö FF, là où Zlatan Ibrahimovic a joué de 1999 à 2001...
Oui, par la suite j'ai été repéré par les recruteurs de Malmö FF qui m'ont demandé de rejoindre leur club. Mon père, Allah yerrahmou, a bien sûr accepté avec joie. Et c'est là que j'ai commencé à me faire un petit nom chez les jeunes. J'étais entre de bonnes mains, puisque mon entraîneur Jan Möller a été Ballon d'Or en Suède (ndlr,1978). De plus, je n'étais pas loin de ma famille et de mon école. Par la suite, on m'a proposé de rester au club, mais avec l'équipe réserve. Mais comme je suis ambitieux, j'ai décidé de tenter ma chance ailleurs. 
A quel âge vous avez perdu votre papa ?
J'avais 15 ans. La mort de mon père nous a tous secoués. Il est parti très tôt. Il était malade et on avait un peu le temps pour se «préparer», on va dire. Mais peut-on réellement se préparer à perdre son papa aussi tôt ? Les pronostics des médecins lui avaient prédit un sursis de dix mois, avant de mourir. Allah nous l'avait laissé encore quatre ans de plus, el hamdoulillah, puis Il l'a rappelé à Lui. C'est notre destin, il faut l'accepter, c'est tout, c'est comme ça. Allah yerrahmou...
Vous êtes combien dans votre famille ?
J'ai une grande sœur de 20 ans, un frère jumeau et deux autres petits frères de 16 ans et 13 ans, Nouh et Zakaria. On joue tous au foot. Mon frère Nouh est gardien de but comme moi, il mesure 1,98 m (il sourit) et Zakaria est attaquant. 
Vos parents sont originaires de quelle ville en Algérie ?
Mes parents habitaient tous les deux à Kouba, à Alger. Mais mon père est originaire de Sétif. 
 Tout s'est enchaîné à partir de l'année dernière, lors d'un tournoi au Danemark. C'est là que vous avez tapé dans l’œil des recruteurs italiens…
Oui, c'était en novembre dernier. Comme on jouait souvent des tournois internationaux avec Malmö FF, j'avais réalisé un très bon parcours à Copenhague, et c'est là que tout s'est enchaîné, en effet. C'était la première fois que je découvrais le monde des agents et des managers de joueurs. J'ai été un peu bousculé par tout ce qui m'arrivait. A 18 ans, on ne peut pas tout comprendre. De plus, mon père, qui pouvait gérer cela, était parti, Allah yerrahmou. Ce n'était vraiment pas facile de prendre les bonnes décisions à notre jeune âge. 
Vous étiez donc livrés à vous-mêmes...
C'est ça. On n'avait pas le choix. Je devais juste faire confiance en priant Allah de tomber sur des gens sérieux. C'est ce que j'ai donc fait en accordant ma confiance à un agent suédois. C'est lui qui a effectué les démarches pour m'emmener en Italie. Je vais donc là-bas pour faire des essais à Modena qui évolue en Série B... 
Qui vous a convaincu d'aller en Italie ?
C'était les recruteurs de Modena qui s’étaient montrés les plus rassurants. J'ai donc décidé d'aller sur place pour effecteur des tests. Ce fut concluant à tous les niveaux. Le coach, Massimo Taïbi, était l'ancien gardien de but du Milan AC et Manchester United. Il disait beaucoup de bien à mon sujet. Il m’a fait savoir qu'il était très satisfait de mon niveau. J'étais devenu très proche de lui. C'est Massimo qui me conduisait dans sa voiture à l'entraînement ou à l'hôtel. J'ai noué une grande complicité avec lui. Il me disait : «Je me revois en toi, à mes débuts.» C'est un très grand honneur d'entendre de propos pareils de la bouche de Massimo Taïbi. C'est très flatteur... 
Qu'est-ce qui a fait capoter ce projet ?
Avec Massimo Taïbi, je suis resté en très bons termes. On s'appelle même aujourd'hui. En fait, mon ancien agent suédois avait été un peu trop gourmand en demandant beaucoup d'argent. Ce qui a fait capoter le projet. Par la suite, je me suis séparé de lui et je suis parti faire des essais au Torino qui m'avait intégré en Primavera et Genoa qui m'a mis dans l'équipe première. 
Pourquoi ça n'a pas abouti avec Torino et Genoa ?
Ils m'avaient proposé tous les deux un contrat de jeune. Ce que j'ai refusé. Moi, je cherchais à intégrer l'équipe A, sinon, je serais resté à Malmö FF qui m'avait proposé le même contrat. De plus, j'aurais été près de ma famille. J'ai eu encore d'autres propositions en Italie d'Ascoli et de Monza en Série C. C'est en Italie que je voulais jouer. Ils ont une des meilleures méthodes de formation pour les gardiens de but. C'est pour cela que je me suis retrouvé à Terracina qui m'avait proposé de jouer avec les A en Série C.
Terracina avait pourtant de grandes ambitions pour cette saison en ramenant Fabio Celestini, l'adjoint de Shuster, à la tête de l'équipe...
Oui, c'est d'ailleurs cette ambition affichée en été qui nous a poussés à opter pour Terracina, mon frère Hassan et moi. Pour leur part, les dirigeants de Terracina avaient appelé Massimo Taïbi qui leur a recommandé vivement de me faire signer. Tout le monde était content au départ. Par la suite, on est tombés de haut en voyant autant d'anomalies. On s'est dit que si ça commençait de la sorte, comment ça serait en fin de saison ? Fabio Celestini et le directeur sportif aussi allaient démissionner. Les joueurs faisaient grève... C'était une grosse pagaille.  
Vous êtes donc bloqué aujourd'hui, puisque vous avez bien signé à Terracina, non ?
Non, heureusement que je n'avais rien signé. La photo qu'on voit de moi avec mon frère Hassan, c'était juste pour la presse. On l'avait faite sans avoir rien signé avec le club. C'est ce qui nous a sauvés aujourd'hui.
Vous êtes donc libre de signer où vous voulez, c'est ça ?
Oui, fort heureusement. De part mon statut de footballeur amateur, j'ai le droit d'intégrer n'importe quel club, même après la fin du mercato estival. 
Qu'espérez-vous aujourd'hui ?
J'aimerais vite trouver un club pour ne pas rester inactif longtemps, même si je m'entraîne tous les jours environ cinq heures par jour. Il me faut impérativement renouer avec la compétition. Rien ne peut remplacer les matchs. 
C'est quoi votre rêve le plus fou ?
C'est bizarre, mais quand mes amis me posent la même question, je leur dis toujours que mon rêve est de remplacer un jour Iker Casillas au Real Madrid. (Il se marre). Je sais que c'est fou ce que je dis, mais c'est vous qui m'avez demandé de vous dévoiler mon rêve. (Il rigole encore). Et puis, d'ailleurs, ce n'est qu'un rêve, non ? Pourquoi doit-on s'en priver ? Autant rêver grand, tant que ça reste juste un rêve ! 
Votre ambition est si grande que ça ?
Vous savez, si à mon âge je ne rêve pas grand et si je ne crois pas en moi très fort, qui va le faire à ma place ? Oui, je dois espérer et travailler pour mériter ce qu'il y a de mieux dans la vie. Mon rêve aussi est d'intégrer un jour l'équipe d'Algérie. Jouer mon premier match et prendre mon maillot chez moi à Malmö et le déposer sur la tombe de mon père, Allah yerrahmou. C'était son plus grand rêve. Aujourd'hui, c'est devenu le mien. J'espère que tout cela se réalisera un jour inch’Allah. 
On a appris que des responsables de la DTN vous ont contacté tout récemment, vous confirmez ?
(Il sourit largement). Puisque vous avez cette information, je suis obligé de vous confirmer cela. Oui, un certain Toufik Kourichi m'a appelé pour me dire de préparer mon passeport, afin de prendre part au prochain stage de la sélection olympique. Je ne vous cache pas mon bonheur et celui de ma famille. J'espère aller au bout de mon rêve et prendre part à une belle aventure avec les Verts. 
Vous avez été contacté par la Fédération suédoise de football ?
Oui, le responsable des jeunes m'a téléphoné pour me dire qu'il suivait de près mon évolution, en vue de me sélectionner avec l'équipe de Suède de mon âge. C'est très valorisant pour moi tout cela, mais si je réussis plus tard dans le haut niveau inch’Allah, je jouerai bien évidemment pour l'Algérie de mes parents et de toute ma famille. Ce serait trahir la mémoire de mon défunt père, Allah yerrahmou, si je refusais l'appel de l'Algérie. L'histoire serait plus belle avec les Verts et leurs merveilleux supporteurs. Ça donne des frissons, avant même de les rencontrer. 
Vous avez suivi l'aventure des Verts au Mondial ?
Et comment ! Bien sûr que j'ai vibré comme tout le monde avec les Verts. Je connais les noms de tous les joueurs. Zemmamouche, Mbolhi, Mandi, Cadamuro, Brahimi, Feghouli, Slimani... je connais tout le monde, je vous dis. (Il sourit). Maintenant, il va falloir bosser très dur pour arriver en A inch’Allah. 
Un mot pour le public algérien ?
Je remercie tous ceux qui m'ont contacté sur Internet afin de me souhaiter la bienvenue en Équipe nationale. J'espère honorer ma première sélection bientôt pour une longue aventure avec les Verts. Je profite aussi de cette occasion pour passer un salam à ma famille en Algérie. 

Publié dans : algerie en suède Hossin Lagoun

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