Nostalgie

Dhlomo, le caméléon sud-africain

"Il s’entraînait souvent avec Nelson Mandela. C’est d’ailleurs l’un des rares Sud-Africains qui était autorisé à frapper notre grand leader"

Auteur : vendredi 28 août 2015 18:08

De nombreux footballeurs ont évolué au plus haut niveau dans différentes disciplines. Peu, en revanche, l’ont fait simultanément et ils sont encore moins nombreux à avoir également été des musiciens reconnus au cours de leur carrière sportive. FIFA.com revient sur le remarquable parcours du caméléon sud-africain Darius Dhlomo, malheureusement décédé au mois de juin 2015.

Lorsque Dhlomo s’est présenté à sa première séance d’entraînement avec le club néerlandais Heracles Almelo, ses nouveaux coéquipiers ont été surpris de ne pas le trouver dans le vestiaire alors qu’ils se mettaient en tenue. "Darius était tellement étonné que tout le monde, Noirs comme Blancs, puisse utiliser le même vestiaire, qu’il pensait devoir se changer dehors", se souvient Henk ten Brink, joueur d’Heracles à l’époque.

Né en 1931 à Durban, Dhlomo a grandi sous le régime de l’apartheid, qui a eu une énorme influence sur sa personnalité. Le Sud-Africain a ainsi expliqué dans un entretien avec l’historien du sport Peter Alegi ce qui lui avait permis de devenir si polyvalent : "Lorsque j’étais encore un petit garçon, pendant la période de l’apartheid, je n’avais pas d’autre choix que d’être créatif. S'occuper est la meilleure façon de survive."

Sur le ring avec Mandela
Dhlomo n’a jamais manqué d’occupations. Footballeur pour les Baumannville City Blacks, il jouait également au tennis à un bon niveau et a été couronné champion d’Afrique du Sud de boxe chez les poids-moyens. C’était aussi un batteur et un chanteur de blues, ce qui lui a valu son surnom : le "boxeur chantant". Alors que l’Afrique commençait à peine à s’ouvrir au football, il n’était pas non plus maladroit balle au pied. "C’était un milieu de terrain très discipliné, qui travaillait dur", raconte l’ancien capitaine des Moroka Swallows, Chris Ngcobo. "Il n’y avait pas d’équipe nationale à l’époque, mais Ndoroo, comme nous l’appelions, a été retenu dans toutes les sélections auxquelles il pouvait prétendre. Il aurait sans aucun doute été en équipe nationale, s’il y en avait eu une."

Jackie Motlogeloa, de son côté, a croisé la route de Dhlomo le boxeur. "Il n’est pas devenu champion d’Afrique du Sud par hasard, c’était un très bon puncheur", témoigne le promoteur. "Il s’entraînait souvent avec Nelson Mandela. C’est d’ailleurs l’un des rares Sud-Africains qui était autorisé à frapper notre grand leader."

Malgré tout cela, Dhlomo trouvait également le temps d’occuper un métier à temps plein, professeur dans la commune de Lamontville. Il s’est néanmoins rapidement heurté au programme officiel, enseignant l’obéissance, le respect des différences sociales, la foi et l’identification à la culture rurale. "Je souhaitais aider les enfants à se développer, mais le gouvernement avait une autre approche en tête. Je leur ai dit que je ne pouvais pas, que je n’avais pas envie d’enseigner des choses qui allaient à l’encontre de leur épanouissement", a confié Dhlomo.

Il a donc quitté l’enseignement pour travailler auprès de l’association YMCA à Durban. Inspiré par la réussite en Europe de plusieurs footballeurs sud-africains de couleur, comme Steve Mokone, il est également rentré en contact, à cette époque, avec plusieurs clubs étrangers, leur demandant sans succès d’être mis à l’essai. Alors qu’il ne s’y attendait plus vraiment, il a reçu en 1958, à l’âge de 26 ans, une lettre des Pays-Bas l’invitant à venir faire ses preuves à Heracles.

Un succès rapide
Son ancien coéquipier ten Brink n’a pas oublié la vitesse à laquelle Dhlomo s’est intégré, sur et en dehors des terrains : "C’était quelqu’un de très attachant, agréable et toujours de bonne humeur. Il ne comptait pas ses efforts sur la pelouse, c’était l’un des premiers à mener la charge".

Dhlomo ne s’est pas contenté de jouer au football aux Pays-Bas. Il a également continué à boxer et à donner des concerts, pour lesquels il invitait ses coéquipiers. Ten Brink, un ancien attaquant, se souvient de la générosité et des éclats de rire spontanés du Sud-Africain, mais également de son côté plus sérieux. "Je garderai à jamais l’image d’un homme engagé", témoigne-t-il. Après avoir raccroché les crampons, Dhlomo a d’ailleurs travaillé comme enseignant et travailleur social aux Pays-Bas, avant de s’engager pendant plusieurs années en politique en intégrant le conseil municipal de la ville d’Enschede.

L’historien du sport néerlandais Jurryt van de Vooren a rencontré pour la première fois le Sud-Africain en 1985, lorsque ce dernier a fait campagne contre l’apartheid. Il n’est pas surpris de son succès aux Pays-Bas : "Le football professionnel en était à ses balbutiement dans le pays, tout était nouveau. Les gens l’appréciait non seulement parce qu’il était différent mais aussi parce que c’était un très bon joueur."

Van de Vooren, qui s’occupe d’un site Internet en néerlandais sur l’histoire du sport, souligne que Dhlomo a été confronté à un choix difficile à la fin de sa carrière : "Il pouvait rester aux Pays-Bas et dénoncer auprès de tous les horreurs de l’apartheid ou bien rentrer en Afrique du Sud. Il a choisi la première option, même s’il savait qu’il ne pourrait alors pas rentrer au pays à moins d’un changement politique". Par bonheur, ce changement est arrivé de son vivant. Dhlomo a pu retourner en Afrique du Sud, où il a même retrouvé Nelson Mandela. Il est décédé à Enschede à l’âge de 83 ans.

                                                            IN FIFA.com

Publié dans : Dhlomo

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