Interview

Neuer : « Meilleur gardien du monde ? Ce n’est jamais sorti de ma bouche»

« Je ne suis pas quelqu’un qui va aller voir le top dix de ses arrêts sur YouTube. Ça ne me sert strictement à rien. »

Auteur : dimanche 26 octobre 2014 18:03

Le champion du monde que vous êtes tremble-t-il toujours avant un match important ?
Non, mais ce n’était déjà pas le cas avant ce titre. Je dois faire sentir à mes adversaires qu’ils n’ont aucune chance. Ce n’est d’ailleurs pas uniquement pour eux que j’aborde un match avec calme et confiance, mais aussi pour mes coéquipiers, qui ont besoin de se sentir en sécurité avec moi.

N’avez-vous pas parfois l’impression que l’on en fait trop à votre sujet ?
Ce n’est pas toujours facile de gérer tout ce que je dois faire sur un terrain. Mais ce que les gens attendent de moi, je ne m’en préoccupe pas. J’essaye surtout de me concentrer sur moi-même. Je sais pertinemment qu’il peut aussi m’arriver de faire des erreurs. Le meilleur gardien du monde ? On peut le lire ici ou là, mais ce n’est jamais sorti de ma bouche. Mon objectif, c’est de toujours améliorer mon jeu, quand bien même la barre serait déjà haute.

Pourquoi ne semblez-vous pas appartenir à la catégorie des "héros solitaires", à l’inverse d’anciens grands gardiens allemands comme Oliver Kahn ?
Le succès individuel est parfaitement inutile s’il n’est pas lié au succès collectif. Je me définis avant tout comme un joueur d’équipe. Je dépends de ceux qui sont avec moi sur le terrain, de leur position, de leur manière d’attaquer. Je dois en tirer les conséquences nécessaires pour sortir de mon but et pouvoir participer au jeu. C’est toujours un ensemble, un collectif que je ne peux pas diriger seul et qui, heureusement, est presque toujours bien huilé.

Qu’est-ce qui, dans le sport, vous procure le plus grand plaisir ?
Je ne prends du plaisir que lorsque j’accomplis quelque chose au sein d’un groupe. Fêter Noël tout seul, ça ne viendrait à l’idée de personne.

Comment vous y prenez-vous pour replacer vos défenseurs ?
Commander sa défense correctement fait partie des missions d’un gardien. Je ne peux pas et ne veux pas invectiver mes coéquipiers et ainsi les déstabiliser. C’est pour cela que mes paroles doivent être courtes, adaptées et compréhensibles. Aujourd’hui, un gardien doit donc aussi avoir une très bonne lecture du jeu.

Avez-vous l’impression d’initier une nouvelle tendance internationale avec votre style de jeu ?
Dans mon esprit, je joue comme j’estime devoir le faire depuis des années. Je n’ai pas modifié mon jeu de manière fondamentale, mais il s’est retrouvé sous le feu des projecteurs avec la Coupe du Monde, qui jouit tout simplement d’un rayonnement international. On se souvient surtout du huitième de finale contre l’Algérie, au cours duquel j’ai souvent évolué loin de mon but et dû me comporter comme un joueur de champ. Des gens qui ne me connaissaient pas avant m’ont alors découvert. Mais en Bundesliga, tout le monde sait depuis longtemps comment je joue. Si j’ai dû prendre autant de risques contre l’Algérie, c’est parce que la situation l’imposait, avec notre équipe qui évoluait très haut et nos adversaires qui procédaient par contres rapides.

Dans un tel match, un gardien ne doit-il pas posséder un timing exceptionnel ?
Il faut en tout cas prendre les bonnes décisions et ne pas hésiter une seule seconde une fois qu’elles sont prises. Je suis parfaitement conscient que cela comporte des risques qui peuvent mener à un but, un penalty ou une expulsion. Mais si je m’arrêtais à mi-chemin, je n’aurais plus aucune chance d’interrompre l’action. Je serais bien trop facile à battre.

Au Bayern Munich, vous arrive-t-il de vous entraîner sur le terrain ?
Nous travaillons parfois les déplacements à sept contre trois et je participe de temps en temps. C’est important, parce que cela me permet d’affiner ma technique, la qualité de mes passes ou ma vitesse d’exécution. Autrefois, les joueurs de champ osaient à peine passer en retrait parce qu’ils ne savaient pas ce que leur gardien allait faire du ballon. Aujourd’hui, il est devenu tout à fait normal et habituel d’inclure le gardien dans la construction du jeu.

Touchez-vous le ballon le plus souvent avec les pieds ou avec les mains ?
Je crois que je joue le plus souvent au pied.

Si vous étiez joueur de champ, dans quelle division évolueriez-vous ?
Je pense que je serais tout à fait capable de me débrouiller en quatrième division. Mais je ne saurais pas dire à quel poste exactement.

Au contraire de certains de vos collègues, vous n’avez pas pour habitude de faire le spectacle.
Parce que j’essaye toujours de faire au plus simple.

Qu’est-ce qui vous reste le plus en mémoire : vos parades ou vos bévues ?
Je ne suis pas quelqu’un qui va aller voir le top dix de ses arrêts sur YouTube. Ça ne me sert strictement à rien. Ce qui m’intéresse, en revanche, ce sont les situations où je peux me remettre en question et me demander ce que j’ai fait de bien et, surtout, ce que j’ai fait de mal. Il est à mon sens essentiel d’analyser ces actions pour s’améliorer. Quand j’étais plus jeune, je suivais l’émission Eurogoals, où tout le monde ne regarde que le joueur qui vient de marquer un beau but. Moi, j’observais les gardiens et leur comportement.

Vous est-il encore possible de vous détendre pendant un match ?
Je ne sors jamais du match, en fait, même lorsque j’ai peu de choses à faire. Ce sont précisément les matches où l’on n’est mis à l’épreuve que deux ou trois fois qui sont les plus difficiles à gérer mentalement, parce qu’il faut pouvoir répondre présent à tout moment. Il est impossible de déconnecter. C’est comme un cours magistral à la fac, si on n’écoute pas correctement, on perd complètement le fil.

Vous arrive-t-il toutefois d’avoir rapidement l’impression qu’il ne vous arrivera rien dans tel ou tel match ?
J’ai déjà eu des tonnes d’impressions avant un match et généralement, elles se révèlent fausses. Régulièrement, à l’échauffement, je me dis que tout se passera bien. Puis une fois sur le terrain, c’est l’inverse. Être trop confiant peut s’avérer trompeur. Les compteurs sont constamment remis à zéro, même lorsque je commets une erreur. Je peux gérer ça. Un arbitre n’a de toute façon jamais interrompu une rencontre à cause de la bévue d’un gardien.

Peut-on également expliquer votre réussite par le fait que vous ne vous comportez jamais comme une star ?
Se comporter comme une star n’apporte rien. Je peux bien sûr passer la nuit dans un hôtel cinq étoiles, mais je peux aussi tout à fait dormir sous une toile de tente.

Pendant combien de temps se sent-on champion du monde ?
C’est quelque chose que personne ne pourra jamais m’enlever. Mais ce n’est pas pour ça que je me comporte différemment. Ce ne serait pas approprié et dans le football, il faut de toute façon toujours avancer. Un champion du monde, on ne lui fait aucun cadeau.

 

                                                                  IN Fifa.com

Publié dans : Manuel Neuer

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