Interview

Deschamps : "Le joueur moderne doit être un athlète de haut niveau"

A l’occasion d’un séminaire pour les sélectionneurs, l’entraîneur tricolore, dans un entretien accordé à FIFA.com, tire les enseignements de la Coupe du Monde 2014 et annonce ses ambitions pour le championnat

Auteur : mardi 11 novembre 2014 09:11

Didier Deschamps, quels enseignements tirez-vous de la conférence pour les sélectionneurs et les directeurs techniques européens ? Pour vous, quelles étaient les principales tendances tactiques et techniques ?
Un football assez offensif. Ce qui a été important, c’est qu’on a vu dans tous les matches un rythme élevé et cette capacité qu’avaient les joueurs à répéter des courses à haute intensité. C’est toujours la technique qui fait la différence, mais aujourd’hui, sur une telle compétition, les données athlétiques sont importantes. Je pense que le joueur moderne doit être un athlète de très haut niveau et être capable pendant tout le match de répéter des efforts à très haute intensité.

La Coupe du Monde de la FIFA, Brésil 2014™ a été votre première compétition internationale en tant que sélectionneur. Qu’avez-vous pensé de cette expérience ?
Je l’avais connue en tant que joueur, mais forcément en tant qu’entraîneur et sélectionneur, elle est différente, puisque là, on doit penser à beaucoup plus de choses. Évidemment, les résultats sont toujours la chose la plus importante, mais c’est aussi une aventure humaine, puisqu’on a passé avec l’ensemble du groupe, les joueurs et mon staff, six semaines ensemble. Forcément, dans le choix des hommes, c’est important aussi. Au-delà des qualités footballistiques que peuvent avoir les joueurs, le critère de l’aptitude à pouvoir vivre ensemble autant de temps et en continu est forcément quelque chose d’important.

Paul Pogba, Antoine Griezmann ou Raphael Varane sont de bons exemples des jeunes joueurs talentueux à votre disposition. A quel point vous ont-ils impressionné durant le Coupe du Monde ?
Impressionné, je ne sais pas. Mais c’est vrai que ce sont de jeunes joueurs. Sur les 23 joueurs sélectionnés, j’en avais neuf de moins de 25 ans. Donc même si ces trois joueurs jouent dans de grands clubs européens, pour eux c’est la première expérience de jouer des matches de qualification. C’est important. Vivre un tournoi final comme un championnat d’Europe ou une Coupe du Monde, cela accélère la maturité et leur permet d’avoir plus d’expérience, de s’aguerrir. Et dans l’optique du Championnat d’Europe en France en 2016, les joueurs qui ont vécu cette Coupe du Monde auront une expérience supplémentaire.

Votre équipe progresse-t-elle au rythme où vous le souhaitez ? Dans quel domaine peut-elle encore s’améliorer ?
Toutes les équipes progressent, la mienne aussi. Les joueurs se connaissent mieux. Je le répète : j’avais beaucoup de jeunes joueurs. L’expérience, on ne peut pas l’acquérir comme ça du jour au lendemain. Il faut du temps, et il y a peut-être d’autres jeunes qui pourront arriver pour la prochaine compétition. Après, la difficulté au haut niveau, comme la Coupe du Monde ou le Championnat d’Europe, c’est que tout se joue sur des détails. Faire les bons gestes au bon moment, la capacité que doivent avoir les joueurs à gérer l’événement. Parce qu’évidemment, il y a une pression importante. Forcément, avoir un vécu aide à mieux vivre ces événements.

Pour vos premiers matches post-Coupe du Monde, vous avez joué contre l’Espagne (1:0) et en Serbie (1:1). Quel bilan en avez-vous tiré ?
Le match contre l’Espagne était un match de prestige, c’était l’occasion de reprendre contact avec le public français puisqu’après la Coupe du Monde, c’était notre match de rentrée. Le Stade de France était plein, on a réussi à enfin battre cette équipe espagnole. Pour la confiance, c’est important, et on a pu démontrer à travers ce match une progression dans le jeu, dans le fait de pouvoir imposer un peu plus notre jeu à l’adversaire. C’était une très bonne rentrée. Puis on n’a eu que trois jours, et on a enchaîné très vite, en Serbie, sur un terrain difficile et contre une équipe serbe qui, à domicile, est très difficile à jouer. J’avais fait beaucoup de changements. C’était pour moi l’occasion de donner du temps de jeu à l’ensemble des joueurs, justement dans l’optique de ce championnat d’Europe dans deux ans, pour que tous les joueurs puissent s’aguerrir. Pour cela, il faut qu’ils puissent commencer les matches.

Vous êtes qualifiés d’office en tant que pays hôte de l’UEFA EURO 2016, mais vous jouez contre les équipes du Groupe I : Portugal, Danemark, Serbie, Arménie et Albanie. Comment abordez-vous ces rencontres ?
Pour nous, ça restera des matches amicaux, puisqu’on n’a que des matches amicaux jusqu’à l’EURO, même si on aura des matches de prestige. On a joué l’Espagne, on va  jouer l’Italie, l’Angleterre, les Pays-Bas, l’Allemagne. Nous sommes certes qualifiés, mais même si ça ne comptera pas, on a pour objectif de finir premiers de notre groupe. Ce sont des équipes avec des profils différents. Le Portugal et la Serbie, on les connait beaucoup plus. Après, l’Arménie et l’Albanie sont des équipes qui progressent. On voit l’Albanie qui a été gagner au Portugal. Ce sont des matches qui doivent nous permettre de nous préparer pour être le plus compétitifs possible dans deux ans.

Les matches amicaux ont moins de piment que les matches de compétition. Est-ce un désavantage quand on prépare un tournoi ?
Il y a des bons et des mauvais côtés. On sait qu’on a une période de deux ans de matches amicaux, mais on a fait le choix avec le Président de la Fédération d’avoir des matches de prestige, et pour nos matches amicaux de jouer contre de grandes équipes européennes ou mondiales. Bien sûr, les ingrédients d’un match décisif de qualification, c’est difficile de les retrouver sur un match amical. Mais l’objectif pour nous n’est pas à court terme. Pour toutes ces équipes, l’objectif c’est de se qualifier pour l’Euro. Notre objectif à nous, c’est de faire en sorte d’être encore plus compétitifs dans deux ans.

Le public français semble être de retour derrière son équipe nationale. Etait-ce important de le reconquérir ?
Oui. Il y a eu dans l’historique, après ce qui s’est passé en 2010 en Afrique du Sud, une cassure très importante. Avec ce qu’ont fait les joueurs sur le terrain, ça a redonné envie au public français. Il a vibré, il a eu envie de vivre des émotions. C’est quelque chose de capital. Et c’est vrai que pour les joueurs, c’est plus agréable d’être aimé que d’être détesté ! C’est à nous, à travers chaque match qu’on aura à livrer, de faire en sorte que les gens soient là, nous encouragent, et soient derrière cette équipe de France.

En tant que joueur, vous avez remporté la Coupe du Monde 1998 et l’UEFA EURO 2000 en deux ans. Actuellement, l’Allemagne est en lice pour faire de même. A quel niveau de performance vous situez-vous par rapport aux nouveaux champions du monde ?
Ils ont encore beaucoup d’avance. Pour arriver à ce titre mondial, l’Allemagne a été à chaque fois demi-finaliste ou finaliste depuis 2006. Cela fait huit ans ! La plupart des joueurs qui ont disputé la finale au Brésil jouent ensemble depuis six ans. Il y a un vécu et une expérience. Aujourd’hui, la France est redevenue une équipe compétitive, certes, mais de là à prétendre gagner un titre… Des équipes comme l’Allemagne, les Pays-Bas ou l’Espagne ont encore de l’avance sur nous.

La France a gagné l’EURO en 1984, la Coupe du Monde 1998, les deux fois en France. Jamais deux sans trois en 2016 ?
C’est possible, oui. On aura cet objectif là, tout le monde attend ça. Mais un championnat d’Europe, c’est aussi difficile - si ce n’est plus - qu’une Coupe du Monde. On va retrouver les meilleures nations européennes qui ont été très performantes en Amérique du Sud. C’est rare, puisque c’est la première fois qu’une équipe européenne gagne la Coupe du Monde sur le continent américain. Alors on va avoir cette ambition-là. Mais après, il n’y a qu’une seule équipe qui gagne. C’est toujours difficile mais on va se préparer pour être le plus performant possible.

Jouer une phase finale à la maison, cela apporte une certaine pression. Est-ce difficile à assumer ?
Oui, parce qu’il y a beaucoup d’engouement de la part du public, de la part des médias aussi. Il ne faut pas que ce soit quelque chose de négatif, ce n’est pas quelque chose qui doit nous inhiber, ou nous enlever de la confiance. Mais il y a une attente qui est tellement importante, que forcément, ça peut conditionner les joueurs. Ce sera important dans la préparation de les protéger au maximum.

(in FIFA.com)

Publié dans : France Didier Deschamps

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