Interview

Belmadi : «Fekir n’a pas renié ses origines et je ne peux critiquer ou saluer son choix»

«J’étais l’un des rares avec Harchehe, Benarbia, Belebey et Kraouche à avoir rejoint l’EN en 1999» «Ce PSG-là mérite de passer un autre tour et pourquoi pas aller en finale »

Auteur : Moumen Ait Kaci Ali vendredi 20 mars 2015 17:48

Le sélectionneur du Qatar, futur adversaire des Verts en amical, le 26 mars prochain à Doha, a choisi Le Buteur pour revenir sur plusieurs sujets touchant l’actualité footballistique du moment. Belmadi évoque pour la première fois le parcours de l’EN en Coupe d’Afrique, à la veille de croiser le fer avec l’Algérie, son pays et celui de ses deux joueurs d’origine algérienne, Karim Boudiaf et Boualem Khoukhi qui ont choisi de représenter le Qatar. Avec son franc-parlé, l’ex-capitaine des Fennecs nous parle aussi du choix de Nabil Fekir et des chances du PSG en Champions League.

Bonjour Djamel, tout d’abord, parlez-nous un peu de l’actualité du football au Qatar…
L’actualité, comme vous le savez, ce sont ces deux matchs qu’on jouera contre l’Algérie et Oman. C’est un petit tournoi qu’on a organisé pour avoir l’opportunité de jouer deux matchs de haut niveau. Après, jouer face à l’Algérie était un choix qui s’est opéré juste après ma nomination à la tête de la sélection du Qatar, pour plusieurs raisons, d’abord parce que je voulais jouer contre une équipe de haut niveau, et l’Algérie qui est dans le top 20 du classement Mondial est  pour moi l’une des meilleures sélections africaines.  
Quel sentiment pouvez-vous avoir lorsque vous pensez que vous allez coacher une sélection contre votre pays ?
 Il peut y avoir beaucoup de sentiments qui peuvent intervenir dans un match comme ça mais pour moi, c’est une grosse fierté.  Après c’est un symbole pour moi, parce que c’est grâce à cette équipe d’Algérie  que je suis arrivé à être cet entraîneur que je suis aujourd’hui.
C’est particulier comme situation quand-même, non ?
Je suis l’entraîneur du Qatar, mais je ne nierai  jamais mes origines. Si je suis à ce niveau, c’est beaucoup grâce à l’expérience vécue avec mon pays. Et quelque part, à travers ce travail que je fais ici au Qatar, je représente l’Algérie et j’essaye de le faire du mieux que je peux pour donner la meilleure image de l’entraîneur algérien. Lorsque je gagne la Coupe d’Asie de l’Ouest, ou la Coupe du Golfe, c’est aussi l’Algérie qui a gagné ça, c’est indéniable.
Vous ne serez pas  l’unique Algérien dans ce face-à-face Qatar – Algérie ?
Oui, je ne serai pas le seul dans cette situation, il y aura dans mon staff d’autres Algériens à l’image de l’entraîneur des gardiens (ndlr : Aziz Bouras) et le préparateur physique (Ndlr : Boudjemâa), on a  aussi des joueurs comme Karim Boudiaf et Boualem Khoukhi qui sont aussi Algériens. Pour ce dernier, rien n’est encore sûr quant à sa participation, pour diverses raisons.  
Justement,  pour un staff, un entraîneur, ça peut passer mais  pour les deux joueurs Boudiaf et Khoukhi, c’est un peu difficile,  allez-vous les épargner de ce match ?  
  Non,  sinon cela veut dire  que je ne prends pas les choses telles qu’il faudrait les prendre.  Si je les aligne  cela ne voudra pas dire qu’ils ont tourné le dos à leur pays.  Il faut laisser le football loin de  ces querelles, ce n’est pas une guerre. Certes, on va défendre d’autres  couleurs mais ça ne veux pas dire qu’on n’est pas Algériens.
Comment sont-ils arrivés selon vous à jouer ou plutôt à choisir le Qatar ?
Khoukhi est Boudiaf sont des professionnels, sachez  que s’ils ne sont pas venus au Qatar, on n’aurait peut-être jamais entendu parler d’eux. A 19 ans, Boudiaf jouait de temps en temps dans des réserves  à  l’AS Nancy. Pour Khoukhi s’il y a des  gens qui peuvent se sentir  responsables entre guillemets, ce sont les acteurs du football en Algérie.  Ils l’avaient en face d’eux et avaient la possibilité de faire en sorte qu’il joue pour un club professionnel  algérien et jouer pour l’équipe d’Algérie. Donc aujourd’hui, ils n’ont pas regretté le choix qu’ils ont fait.  C’est le Qatar qui a fait d’eux des joueurs professionnels, qui vivent et qui font vivre leurs familles de leur métier.
 Djamel, si on revient à la CAN-2004, d’aucuns estiment que les Bougherra, Yahia, Ziani, Akrour et les autres ont été pour beaucoup dans cette arrivée des Franco-Algériens en sélection, quel est votre avis ?
C’est vrai, mais me concernant, je me rappelle que je suis venu en sélection en mars 1999, j’étais l’un des rares avec Salem Harchehe, Ali Benarbia, Omar Belebey et  Nacer Kraouche à avoir  rejoint l’équipe nationale d’Algérie.  Bien entendu, on est fiers d’avoir été les précurseurs de ces enfants fils d’émigrés algériens, venus de France ou  d’ailleurs pour donner  un plus à notre équipe d’Algérie.
  Oui, mais ça créé un déséquilibre entre professionnels et joueurs locaux...
Ecoutez, ces faux débats je n’aime pas trop en parler  parce  que je crois que ça peut être réglé en une minute mais apparemment ça fait vivre certains. Ça nourrit des  discussions stériles  et pour moi franchement, ce  discours locaux -  professionnels n’a pas lieu d’être, il me fatigue sincèrement. Ça n’a  aucune conséquence positive.  C’est  seulement stupide  et  bête, que je n’ai même pas envie d’en parler. Algériens d’Alger, de France, du Portugal ou de Navarre, s’il est  bon, il faut qu’il soit pris en équipe d’Algérie, voilà tout.
 Et si on parlait  du cas Fekir, certains anciens à l’image d’Antar Yahia ont regretté le fait de  trop  hésiter avant de choisir entre la France et l’Algérie, quelle est votre position ?
Les choses doivent êtres claires. Pour ma part, j’ai choisi l’Algérie alors  que je  n’avais que 19 ans, c’est  à dire au moment  où je frappais aux portes  de la sélection française des espoirs. Donc, j’ai fais un choix que je ne regretterai jamais. Si on me demande de le refaire  et de revivre ce que j’avais vécu avec la sélection de mon pays,  je  referai le même choix. Ça c’est  mon cas personnel, mais est-ce que le fait d’avoir choisi mon pays me permet de parler à la place des  autres ? Bien sûr que non ! Je ne me le permettrai pas.  Je respecte le choix des autres, je ne suis pas dans la situation Fekir, je ne connais pas ses ambitions, son histoire avec l’Algérie,  et comment il vit, je ne peux critiquer ou saluer son choix.
Même pas un petit avis personnel ?
Mais qui suis-je pour le juger à 8000 km de son lieu de  naissance  au risque de le mettre en situation inconfortable alors qu’il a un rapport sain avec l’Algérie et qu’il aimait son pays d’origine, peut-être qu’il aime l’Algérie ?  Non, je n’ai le droit de parler que de ma personne. J’ai eu l’opportunité de jouer pour l’équipe de France espoir mais j’ai choisi  de jouer pour l’Algérie, mon pays pour les raisons que l’on connait. Il a décidé de jouer pour l’Equipe de France, Fekir n’a jamais dit  que je n’étais pas Algérien. Le fait qu’il a eu une réflexion, c’est déjà positif. C’est  son choix, je le respecte.
Parlons de la CAN-2015, d’aucuns estiment que les Verts auraient pu mieux faire si un Brahimi ou un Feghouli avait bien marché, est-ce votre avis ?
 Je dirais qu’il est clair, car au vu de son parcours en Coupe du monde, on voyait tous l’Algérie gagner cette CAN surtout, et cela n’engage que moi, que le niveau de cette Coupe d’Afrique n’était pas élevé avec l’absence du Nigeria, du Maroc, de l’Egypte  et même des équipes comme le Cameroun et la Côte d’Ivoire qu’on a malmenées à mon avis, n’étaient pas vraiment au top de leur forme.   Donc, on est un peu déçus. On s’attendait à mieux mais c’est sûr que le fait que des joueurs comme Brahimi, Feghouli et même Slimani pour cause de blessures étaient loin de leur niveau, nous a handicapés. Ce  sont des joueurs clés, donc je dirais qu’ils n’ont pas été au niveau qu’on attendait.
Certains joueurs étaient du coup mécontents des choix faits…
Les joueurs qui tirent sur l’entraîneur sont souvent les joueurs qui ne jouent pas. C’est  toujours ceux qui gueulent sur  tous les toits. Après, je ne peux pas être à la place de  l’entraîneur Gourcuff.   Si je raisonne comme entraîneur, je donne raison au coach. Après, lui-même sait que cette participation  à la CAN aura été une déception.  Maintenant, il faut rectifier le tir. Il faut se remettre au boulot. C’est sûr qu’il y a des choses qu’il va falloir changer.  
Djamel, comment les Algériens du Qatar préparent-ils ce rendez-vous ?
Comme une grande fête. Tout le monde attend la venue de l’Algérie qui est une grande nation du football. Tous les Algériens d’ici et les amoureux de l’EN attendent ce match et on espère que ça va être un grand match.
 Une dernière question, les Algériens suivent plus le PSG avec l’arrivée de Nacer Khelaïfi, voyez-vous cette équipe aller au bout ?
Avec ce match sorti contre Chelsea  et les énormes facultés mentales  montrées dans cette rencontre, je dirais que oui, ce PSG-là mérite au moins de passer un autre tour et pourquoi pas aller en finale. Sans parler de l’effectif que Paris possède, avec l’expérience acquise lors des deux dernières participations,  ce  PSG possède aussi tous les éléments pour mieux faire. Maintenant, si elle peut éviter lors du tirage au sort de ce vendredi, le Real, le Barça ou le Bayern, ça serait déjà une très bonne chose pour Paris.
 Merci Djamel, cela a été un plaisir ?
Pas de soucis, à bientôt, on se verra à Doha, inch’Allah et passez le salam aux amis du Buteur et d’El Heddaf. Je voudrais aussi saluer tout le peuple algérien.

Publié dans : djamel belmadi

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