Interview

Tevez : "J'ai grandi dans un endroit où la drogue et la mort font partie du quotidien"

A l'occasion d'un entretien accordé au site de la FIFA, l'attaquant de la Juventus et de l'Argentine revient sur ses origines et sur quelques-unes des nombreuses choses qui l'ont marqué lors de son enfance

Auteur : samedi 14 mars 2015 15:10

Carlos Tevez, vous avez vécu dans plusieurs villes un peu partout dans le monde. Comment vous sentez-vous à Turin ?
Après huit années à Manchester, j'ai vraiment été très bien accueilli à Turin. Les gens sont détendus, c'est incomparable avec ce qui se passe dans d'autres parties du pays, à Rome ou Naples par exemple, où les supporters sont beaucoup plus passionnés. Ici, je suis très bien, je me suis très vite adapté à la ville. Pareil pour la langue, que je comprends un peu mieux. En Angleterre, ça avait été très difficile de ce point de vue.

L'Argentine vous manque-t-elle ?
Oui. Les amis et la famille nous manquent toujours. Ils nous manquent dès le moment où on part. Heureusement, je reçois très souvent de la visite, je ne reste jamais longtemps tout seul. Mes amis ont toujours été autour de moi. Imaginez un peu les gens de Fuerte (le quartier de son enfance) en Angleterre ! Chaque fois que nous sortions, il nous arrivait toutes sortes de choses. J'ai plein d'anecdotes à ce sujet. Surtout à propos de la langue. C'était bien.

Pour ceux qui ont grandi dans un autre monde, en Europe par exemple, il est très difficile d'imaginer la vie à Fuerte Apache. Pouvez-vous nous en parler ?
Il est très compliqué de décrire ce que moi ou les habitants de mon quartier avons vécu. Les gens pensent ce qu'ils veulent. Ça ne sert à rien d'essayer de les influencer et de leur dire que ça n'a pas été facile tous les jours. Je ne peux pas expliquer tout ce que la rue m'a appris. Mais elle a été riche d'enseignements, ça c'est sûr.

Existe-t-il une expérience particulière qui a marqué votre enfance ?
Toute mon enfance a été très difficile. On ne peut pas en ressortir un aspect plutôt qu'un autre. J'ai grandi dans un endroit où la drogue et la mort font partie du quotidien. On vit des choses très dures, dès son plus jeune âge. Ça fait grandir. Mais je crois que ça permet aussi à chacun de choisir sa voie, sans forcément prendre celle qui semble lui être prédestinée. J'ai suivi mon propre chemin. Je ne suis jamais tombé dans la drogue ou les assassinats et heureusement, j'ai eu le choix de faire autre chose.

On dit que Dario Coronel, votre ami d'enfance, était aussi bon footballeur que vous. Mais lui n'a pas eu la chance de pouvoir choisir. Êtes-vous d'accord ?
Je refuse de dire qu'il n'a pas eu la chance de pouvoir choisir. Comme je l'ai dit, chacun est maître de ses actions. Il avait tout pour devenir un grand joueur, mais il a choisi d'emprunter une autre voie, celle de la criminalité et de la drogue. C'est pour cette raison qu'il n'est plus parmi nous aujourd'hui. Je crois sincèrement que tout le monde a le choix. Il a fait celui de la criminalité et de la drogue. Il a emprunté la voie la plus facile. Ça n'a rien à avoir avec la chance.

Pensez-vous souvent à lui ?
Oui ! C'est, ou plutôt c'était, mon meilleur ami. Nous étions tout le temps ensemble, 24 heures sur 24, même si nous avons fini par ne plus être sur la même longueur d'ondes en ce qui concerne les discothèques et ce genre de choses. Mais nous étions toujours ensemble, toute la journée.

En Argentine, les jeunes qui grandissent dans des quartiers pauvres tels que Fuerte Apache, Ciudad Oculta ou Villa Carlos Gardel sont souvent stigmatisés. Qu'est-ce que cela vous inspire ?
C'est la nature humaine qui veut ça. Quand un jeune habillé bizarrement débarque à un endroit où un vol vient d'être commis, c'est lui qu'on accuse. Parce qu'aujourd'hui, les gens vivent dans la peur. À une époque, les criminels avaient un certain code d'honneur : ils te détroussaient, mais ensuite ils te laissaient filer. Maintenant, ils sont tous accros à la drogue. Tu leur donnes tout ce que tu as, mais ils te tuent quand même. Les jeunes ne portent aujourd'hui plus les valeurs dont je me souviens. Avant, ils risquaient leur peau. Ils partaient, volaient et revenaient. C'est tout. Là, les jeunes qui vont voler sont tous drogués. Ils risquent toujours leur peau, mais d'une autre manière. Ils ne pensent plus qu'à leur vie, pas à celle des autres.

Mais votre quartier a aussi un autre visage, celui que l'on voit lorsque vous fêtez vos buts par exemple. Comment peut-on changer l'image négative liée à ces quartiers ?
À Fuerte Apache et Ciudad Oculta, on trouve aussi de bons jeunes, comme dans toutes les villes d'Argentine. Tous les êtres humains ne sont pas mauvais. Je m'en suis sorti et il y en a beaucoup d'autres qui ont pu échapper à cette situation. Ce n'est facile pour personne. C'est même au contraire très dur de s'en sortir. Mais je le répète, chacun a son destin en main. Il faut prouver aux gens que nous ne sommes pas tous pareils.

Est-il exact qu'avant le quart de finale de la Coupe du Monde 2006, sur la route du stade Olympique de Berlin, vous avez repensé à tout votre parcours afin de vous motiver ?
C'est vrai. Sur la route du stade, on pense toujours à toutes sortes de choses, mais là, c'était complètement différent. Ça ne m'était encore jamais arrivé et ça ne s'est d'ailleurs pas reproduit depuis. Je me suis soudain retrouvé chargé à bloc. Je me suis dit : "Aujourd'hui, tu dois tout donner, parce que tu viens d'un endroit d'où il est difficile de sortir". Je me suis souvenu de ces moments où, enfants, nous jouions avec un ballon fait de vieux vêtements, ce genre d'histoires, et ça m'a vraiment motivé. Toutes ces images défilaient dans ma tête, c'était comme si j'étais en train de revivre ces scènes.

Cette enfance dans un environnement compliqué a-t-elle fait de vous le joueur et le guerrier que vous êtes aujourd'hui ?
Je ne sais pas si tout cela a un rapport. J'ai toujours joué ou essayé de jouer de cette manière. Je dis toujours qu'autrefois, je jouais au ballon alors que maintenant, je joue au football. Ce n'est pas la même chose. Mais est-ce que ce sont les conditions dans lesquelles j'ai grandi qui ont fait de moi le joueur que je suis ? Je ne sais pas. C'est possible.

Qu'est-ce que vous préférez : jouer au football ou au ballon ?
Jouer au ballon ! Parce que jouer au football, c'est mon travail. Alors que quand je joue au ballon, je prends du plaisir, je suis avec mes amis, il n'y a pas de pression. Quand je joue au football par contre, je sais qu'il y a énormément d'enjeux. Il en va du salaire de mes coéquipiers et de la passion des supporters. La pression est élevée.

À propos de pression, à la Juve, vous portez le numéro 10, qui a été la propriété de Michel Platini ou encore Alessandro Del Piero. Est-ce un poids ?
Je ne vois pas les choses comme ça. C'est bien sûr important pour moi, mais je ne peux pas me mettre de pression supplémentaire à cause d'un maillot porté par beaucoup d'idoles du club. Je ne me suis jamais mis en tête qu'il fallait que je sois digne de ce numéro 10. Sinon, je deviendrais fou et je ne pourrais plus faire mon travail correctement.

Une dernière question, au sujet de la Copa América, un tournoi où la chance ne vous a encore jamais souri. Vous avez échoué en finale contre le Brésil en 2004 et 2007, tandis qu'en 2011, vous avez manqué un tir au but décisif contre l'Uruguay en quart. Avez-vous une revanche à prendre ?
Oui, c'est réellement une grosse épine dans le pied de notre génération. Nous savons tous qu'un titre viendrait récompenser ces années passées ensemble. Ce titre se refuse à nous depuis longtemps et nous voulons notre revanche. La prochaine édition de la Copa América débute bientôt et nous allons nous préparer du mieux possible afin de donner le meilleur de nous-mêmes.

Publié dans : argentine carlos tevez

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