Interview

Bergomi : «L’Algérie est la seule équipe africaine qui m’a impressionné lors du Mondial»

«Brahimi est un grand joueur»

Auteur : lundi 24 novembre 2014 00:44

Les habitants de la ville de la mode vous diront que si vous venez à Milan et que vous ne faites pas une visite au stade mythique de San Siro, c’est comme si vous n’étiez jamais venu. San Siro où Guiseppe Meazza est le cœur de la ville de Milan est, en effet, une œuvre d’art éternelle. Guiseppe Bergomi, l’ancien défenseur rugueux de l’Inter de Milan, nous a accueillis dans cette enceinte où il nous a accordé une interview. Champion du monde avec l’Italie en 1982, Bergomi a attendu neuf ans pour gagner son premier scudetto avec les Nerazzurri en 1989, avant de gagner d’autres titres locaux et européens. L’ancien défenseur de l’Inter travaille actuellement comme consultant sur Sky Sport.

Tout d’abord, que devient Bergomi, après avoir arrêté sa carrière à l’Inter de Milan ?

A la fin de ma carrière de joueur, j’ai directement choisi de devenir consultant sur une chaîne de télévision. Il y a cinq ans, j’étais entraîneur des jeunes catégories des clubs d’Atalanta, Monza et Côme. J’ai essayé de transmettre tout ce que j’ai appris aux jeunes générations, mais mon vrai travail est consultant.
En parlant de l’Inter, pensez-vous que le recrutement effectué lors du dernier mercato a été une réussite ?
Je crois que l’Inter a fait du bon travail lors du mercato. La direction du club a fait venir des joueurs qui conviennent au jeu privilégié par l’entraîneur Walter Mazzari (remplacé dernièrement par Mancini, ndlr), surtout au milieu du terrain où on trouve de bons joueurs comme M’Vila et Medel. Les responsables du club ont réussi à équilibrer entre quantité et qualité, en recrutant des joueurs comme Hernanes et Kovacic, et un attaquant dont on attend beaucoup, en la personne d’Osvaldo. On a recruté également un grand défenseur qui est Vidic. La venue du défenseur brésilien Dodo est une bonne opération, je pense que la Roma a fait une erreur de le libérer.  
Etes-vous convaincu du projet du président Thohir ?
Je connais bien Thohir, c’est une personne pragmatique qui ne cède pas sous la pression des supporters qui exigent tout le temps le recrutement de grands joueurs. Thohir sait comment construire une grande équipe étape par étape. Nous devons lui faire confiance car son projet est très important pour l’Inter.
Pourquoi Bergomi n’est-il pas dirigeant à l’Inter ?
Pour répondre à cette question, il faut revenir un peu en arrière. Lorsque j’ai arrêté de jouer en 1999, l’Inter a connu une saison difficile avec le changement de plusieurs entraîneurs. La direction a donné carte blanche àMarcelo Lippi pour changer beaucoup choses dans le club. Ce qui a amené le départ de plusieurs joueurs, comme le gardien Pagliuca et Simeone. Moi aussi j’ai fait de même, j’ai pris un autre chemin, celui de travailler à la télévision comme consultant. Je n’ai pas rencontré à l’époque le président Moratti pour parler de la possibilité d’intégrer le staff dirigeant.
Quelle est l’équipe favorite pour gagner le scudetto cette saison ?
Je ne vois pas de favori pour le moment, pour la simple raison que toutes les équipes pratiquement manquent de joueurs. Il est vrai que la Roma a fait un bon recrutement et que la Juventus a réussi à garder l’ossature de son effectif, je crois que ce sont les deux clubs qui présentent un petit avantage. Après il y a aussi l’Inter, Naples, AC Milan, la Lazio sans oublier la Fiorentina.
Antonio Conte est devenu l’entraîneur de l’équipe d’Italie, Allegri l’a remplacé à la Juventus, que pensez-vous de ces changements ?
A mon avis, ce changement n’est pas négatif pour la Juve. Après trois ans passés à la tête de cette équipe, Contea mis en place une certaine organisation mais aussi une terrible pression sur les joueurs. L’arrivée d’un nouvel entraîneur qui apporte de nouvelles idées permet aux joueurs de souffler et de se libérer de cette pression. Cela se répercutera positivement sur l’équipe. Le choix porté sur Allegri semble comme une aventure de la part de la direction, mais cela ne s’est pas fait par hasard puisque les responsables de la Juventus connaissent bien leur travail.
La mission des clubs italiens en Ligue des champions sera difficile, n’est-ce pas ?
Tout à fait, d’autant qu’il n’y aura que deux équipes italiennes cette saison, après l’élimination de Naples lors du tour préliminaire par l’Athlétic Bilbao. Juventus se trouve dans un groupe qui lui permettra de se qualifier au prochain tour, alors que la Roma est dans un groupe plus compliqué avec la présence du Bayern et de Manchester City. Le président Pallotta avait raison de dire que les autres équipes doivent craindre la Roma qui est une grande équipe aussi.
La Juventus n’a pas réussi à se qualifier la saison dernière dans un groupe relativement facile, ne craignez-vous pas que le même scénario puisse se reproduire ?
Rien n’est facile sur le plan européen, le facteur psychologique est important dans ce genre de compétition. En Italie, on pratique un football différent, plus lent de celui qui se joue en Europe, ce qui n’aide pas nos clubs à briller sur le plan continental et qui éprouvent des difficultés, même face à des équipes modestes. La Juventus se trouve dans un groupe prenable, mais elle doit faire attention pour éviter toute mauvaise surprise contre Malmö et l’Olympiacos.
Pourquoi le niveau du football italien a régressé ces dernières années, selon vous ?
Il y a deux facteurs importants qui sont derrière cette situation, à mon avis. Le premier est le manque d’argent, le championnat italien n’attire plus les grands joueurs, contrairement à ce qui se passe actuellement en France par exemple devenue un havre pour les stars. Mais nous devons nous adapter à cette situation en donnant leur chance aux jeunes joueurs en Italie pour qu’ils puissent briller. Nous avons les moyens de le faire, mais on n’a pas le courage de le concrétiser sur le terrain. Malheureusement, l’Italie fait venir les joueurs qui n’intéressent plus les autres pays. La Roma a par exemple recruté Ashly Cole qui n’entre plus dans les calculs des clubs anglais et européens.
Parlons maintenant de la dernière Coupe du monde qui s’est déroulée au Brésil, l’Italie a été éliminée au premier tour, pour quelle raison, à votre avis ?
On a commis plusieurs erreurs, à commencer par la préparation physique. L’Italie s’est préparée à Mangaratiba, alors que ses matches étaient programmés dans le nord où il y avait un taux d’humidité plus important. En outre,l’Italie n’était pas prête sur le plan du jeu, sans omettre de dire qu’il y avait une génération de joueurs qui était en fin de carrière. Mis à part la Juventus, la plupart de nos clubs ne possèdent pas plus de deux joueurs sélectionnables. Les choix sont trop limités pour Prandelli. Mais je ne pense pas que cela explique l’élimination de l’Italie au premier tour.
Prandelli n’avait pas un onze fixe puisqu’il n’arrêtait de changer d’équipe, qu’en pensez-vous ?
Je respecte beaucoup Prandelli qui est un bon ami à moi, donc je connais bien sa méthode de travail. Il a réussi à se qualifier facilement en phase finale de la Coupe du monde. Mais il a essayé de changer complètement sa façon de jouer, après le dernier match contre la République tchèque à Turin. Il voulait jouer au tiki-taka, il a échoué puisque cela est étranger à la culture du football italien. Le jeu italien se caractérise par sa solide défense, les raids rapides et des attaquants forts. Prandelli est un grand entraîneur, mais il a commis une erreur en voulant changer le jeu de l’équipe italienne.
Parlons maintenant de l’équipe d’Algérie, comment l’avez-vous trouvée ?
Par rapport aux autres équipes africaines qui ont participé au Mondial, l’Algérie est l’équipe qui m’a impressionné le plus, sans prendre en considération les résultats. L’équipe était bien préparée et était exceptionnelle sut le rectangle vert sous la houlette d’un grand entraîneur qui l’a mise sur la bonne voie. Les joueurs algériens étaient capables de renverser la situation devant leurs adversaires. La majorité des joueurs possèdent les moyens de gagner les duels. Quand on a des joueurs pareils, n’importe quel entraîneur peut construire une grande équipe. L’Algérie a changé l’image du football africain, elle a mérité sa qualification au second tour grâce à son rendement stable et constant.
L’Algérie a fait tomber la Russie de Capello, qu’en pensez-vous ?
Pour moi, la Russie n’est pas une équipe forte, un grand travail attend Capello pour améliorer les choses. La majorité des joueurs évoluent dans le championnat russe, un grand travail les attend en prévision de la prochaine Coupe du monde qui se déroulera en Russie. L’Algérie est passée grâce à son bon niveau, la qualification n’était pas un cadeau, elle a été meilleure que la Russie. Le match joué contre l’Allemagne, qui a souffert pendant 120 minutes, sera gravé dans ma mémoire.
Peut-on dire que le match contre l’Algérie était le plus difficile pour les champions du monde ?
(il rit) Ce match nous rappelle celui de 1982, n’est-ce pas ?
Oui, mais en 1982, c’est l’Algérie qui a gagné…
Exact, mais cela n’a pas suffi pour se qualifier. L’Allemagne a mérité de gagner la Coupe du monde, c’est un travail de longues années. Elle a affronté une équipe d’Algérie qu’elle considérait comme prenable sur le papier mais sur le rectangle vert, ce fut une tout autre histoire. Au final, elle a beaucoup souffert devant une équipe bien organisée qui pratique un beau football avec un gardien des grands jours. Votre équipe arrive facilement dans le camp adverse. L’équipe qui a fait souffrir le plus l’Allemagne est naturellement l’Algérie.
Quels sont les joueurs qui ont attiré particulièrement votre attention ?
C’est le joueur de Porto Yacine Brahimi, j’ai admiré aussi le lutin qui jouait sur le côté gauche, Djabou. Il y aussi Ghoulam et l’axe de la défense, en plus du joueur de Tottenham, Bentaleb. L’Algérie devra briller longtemps avec un tel groupe de joueurs.
Mais pourquoi des joueurs pareils n’intègrent pas de grands clubs, après avoir brillé au Mondial ?
Brahimi est allé au FC Porto qui est un grand club et qui lui permettra de briller et de progresser. Les joueurs algériens devront se montrer patients, au moment opportun, ils joueront dans des grands clubs, ils en ont les moyens.
Ne pensez-vous pas que le public qui s’est déplacé au Brésil a joué un rôle dans les résultats réalisés par l’équipe d’Algérie ?
Tout à fait. Les supporters italiens qui ne suivent leur équipe que lorsqu’elle arrive dans des tours avancés devront prendre exemple sur le public algérien. Ce dernier était formidable et a bien joué son rôle en soutenant à fond ses joueurs.
L’entraîneur Halilhodzic a quitté la sélection juste après la fin du Mondial, que pensez-vous de ce technicien ?
D’après les matchs que j’ai vus, je crois que c’est un entraîneur qui a une forte personnalité, une grande intelligence tactique et sait comment organiser ses joueurs sur le terrain. J’ignore les raisons de son départ, mais ce qui est sûr, c’est qu’il a laissé une équipe forte avec des joueurs exceptionnels sur laquelle pourra compter le nouvel entraîneur.
Comment l’Algérie devra-t-elle aborder sa prochaine Coupe d’Afrique ?
Se qualifier au deuxième tour de la phase finale de la Coupe du monde et se faire éliminer avec les honneurs contre le tenant du titre puis passer à la Coupe d’Afrique est un peu difficile pour les joueurs sur le plan mental. En Coupe du monde, tout ce qu’elle a réalisé était à son avantage. Ce qui fait qu’elle jouait sans pression, ce qui est différent en Coupe d’Afrique. L’Algérie devra jouer pour le titre, une responsabilité différente de celle de la Coupe du monde. Ce qui mettra les joueurs sous une pression terrible.
Evoquons les joueurs algériens qui jouent dans le Calcio, que pensez-vous de la situation de Taïder ?
Taïder a montré un bon visage à ses débuts à l’Inter. Sa vivacité et son physique lui permettent de gagner des duels. Son problème est de passer d’un petit club à une grande équipe. Jouer à l’Inter est très différent de Bologne ou Sassuolo. De grands joueurs avant lui n’ont pas réussi à briller sous les couleurs de l’Inter. Taïder doit d’abord améliorer ses capacités, avant de rejoindre une grande équipe.
Que pensez-vous de l’attaquant de Parme Belfodil ?
Je me suis trompé sur son compte. J’ai beaucoup misé sur lui lorsqu’il a signé à l’Inter. Je m’étais dit qu’il allait briller et exploser. Il avait toutes les qualités pour devenir un grand attaquant : la vitesse, la technique, la force physique. Mais il m’a déçu. Son problème est d’ordre psychologique, je crois. Quand la chance de jouer ne se présente pas, on se trouve dans une situation difficile et seuls les joueurs expérimentés savent comment s’y prendre. Je crois, néanmoins, que Belfodil peut toujours revenir en force avec Parme.
Pour sa première expérience dans le championnat italien, Ghoulam a réussi une belle saison avec Naples, non ?
En Italie, on a toujours besoin de joueurs qui évoluent sur le côté gauche. Quand un joueur pétri de qualités comme Ghoulam arrive en Italie, il n’y a pas de raison pour qu’il ne brille pas. C’est ce qui est arrivé avec son club Naples. Il a toutes les qualités de briller encore plus mais il doit corriger certaines choses sur le plan défensif.
Peut-on dire qu’il est le meilleur joueur algérien du Calcio ?
Tout à fait. D’autant plus qu’il joue sous les ordres de Rafael Benitez qui privilégie le jeu offensif qui lui convient bien. Il a trouvé l’entraîneur idéal avec qui il pourra faire étalage de ses capacités.

En 1982, l’Italie a été sacrée champion du monde, l’Algérie a montré un bon visage, mais elle n’a pas réussi à se qualifier à cause de …
(il nous coupe) Oui, à cause de la rencontre entre l’Autriche et l’Allemagne qui ont combiné leur dernier match pour se qualifier ensemble aux dépens de votre équipe. C’est une mauvaise chose, mais ça reste dans l’histoire du football mondial. C’est malheureux d’autant que l’Algérie a battu l’Allemagne avec l’art et la manière.
Vous souvenez-vous des joueurs du Mondial 82 ?
Non, malheureusement je ne me rappelle plus, mais je souviens qu’en 1989, Rabah Madjer a failli jouer pour l’Inter. Malheureusement, il souffrait d’une blessure qui l’a privé de jouer en Italie. Je pense quec’est le meilleur joueur algérien de tous les temps.  
Vous rappelez-vous de sa talonnade contre le Bayern ?
Oui, en finale de la Coupe d’Europe des clubs champions, un but extraordinaire.
Merci monsieur Bergomi de nous avoir accordé cet entretien
Merci à vous également.

Publié dans : algerie milan belfodil juventus ghoulam Italie Brahimi Rabah Madjer Bergomi

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