Equipe d'Algérie

Meghni met en garde : « Attention, le fait d’écarter 5 cadres de la sélection d’un coup risque de faire éclater le vestiaire ! »

« L’attitude des dirigeants du CSC m’a dégoûté. Je méritais un meilleur départ »

Auteur : Saïd Fellak dimanche 10 septembre 2017 21:59

Disparu des radars depuis quelques mois, Mourad Meghni, dont le contrat avec le CSC n’a pas été prolongé cet été, se trouve actuellement sans club. De Paris où il est en train de profiter de sa petite famille, il a accepté pour Le Buteur de revenir pour la première fois sur son départ du club constantinois et d’évoquer avec nous ses deux ans vécus dans le championnat d’Algérie. Evidemment, on l’a questionné sur l’actualité brûlante de l’EN. Entretien. 

Après la fin de votre contrat avec le CS Constantine, vous n’avez pas cherché à rebondir dans un nouveau club ?
En fait, je n’ai pas trop cherché. A la fin de la saison passée, j’étais prêt à re-signer au CSC, mais ça ne s’est pas fait. J’étais bien là-bas et je voulais vraiment continuer l’aventure, mais bon. Pour signer ailleurs, j’aurais réfléchi à deux fois. 
Pourquoi justement ne pas avoir trouvé un autre point de chute ?
En fait, j’ai eu cette blessure au mois de janvier qui a complètement plombé ma fin de saison. Je pense qu’elle a refroidi certains clubs. Vous le savez maintenant que je suis un joueur qui a la poisse. C’est un os qui a pété, rien à voir avec mon ancienne blessure au genou.  Cela dit, maintenant, je me sens bien et je n’ai aucun problème. Comme je vous l’ai dit, j’aurais voulu rester au CSC, mais malheureusement, il y a eu l’arrivée de nouveaux dirigeants et d’un coach que je ne connaissais pas. 
Vous n’avez pas parlé avec Amrani ?
Non, même pas. Après, je ne vous cache pas que j’étais un peu déçu. J’avais pourtant fait un bon début de saison et j’ai tenu l’équipe sur mes épaules. Quand j’allais bien, le CSC était bien. Ce n’est une fois que je me suis blessé que le club a commencé à aligner les mauvais résultats. Les dirigeants n’ont pas eu le cran de venir me parler. Je méritais un meilleur départ. 
On vous sent très déçu…
Oui, c’est sûr. J’ai compris après que c’était leur manière de fonctionner. Ils ont fait la même chose à Cedric Si Mohamed. Il a joué pour le club durant quatre ans et il a tout donné, mais ils l’ont remercié en lui disant que non, on ne va pas te prolonger. J’aurais aimé juste qu’ils me disent en direct, qu’ils me respectent… ne pas me laisser dans le doute. Je voulais rester, on avait un bon groupe et les supporters m’aimaient bien. En plus, comme je vous l’ai dit, j’avais fait un très bon début de saison. J’étais sur une bonne dynamique avant cette dernière blessure. Tout le monde était alors content de moi. Leur attitude m’a un peu dégouté. 
A 33 ans, comment voyez-vous la suite de votre carrière ?
C’est sûr que là, cet arrêt constitue un frein. C’est difficile de reprendre désormais, mais au fond, j’ai ce petit regret de ne pas avoir continué au CSC. La décision ne dépendait pas de moi uniquement. 
Au départ, vous étiez sceptique à l’idée de venir jouer en Algérie. Maintenant que vous avez passé deux ans à Constantine, dites-nous qu’est-ce qui vous a le plus marqué dans le championnat algérien ?
Ce qui m’a marqué le plus, c’est l’ambiance qu’il y a dans les stades algériens. Ce n’est pas donné. Pour exemple, la plupart des stades en France manquent d’ambiance. Aussi, techniquement parlant, ça reste un bon championnat. Le niveau est acceptable. 
Et qu’est-ce qui vous a déplu le plus ?
C’est surtout le volet organisationnel. Le CSC demeure un gros club de l’Est, mais il manque de beaucoup de choses importantes. On a manqué de vestiaire à un moment. Le club n’avait pas aussi de kiné. Il y avait des problèmes d’eau des fois. Aussi, nous lavions nous-mêmes nos vêtements d’entraînement. Des petits trucs qui paraissent anodins, mais qui demeurent très importants. Ajouté à cela bien évidemment le problème des salaires impayés. 
A ce propos, est-il vrai que vous avez dit à vos dirigeants que vous ne vouliez pas être payé après la blessure que vous aviez contracté en janvier dernier ?
Non, c’est faux. Déjà avant même que je me blesse, je n’avais pas été payé depuis quelques mois. D’ailleurs là, le club me doit encore six mois de salaires. 
Parlons un peu si vous le voulez bien de la sélection. On imagine que vous avez suivi les deux derniers matchs de l’EN face à la Zambie. Qu’en avez-vous pensé ?
C’est sûr que les deux défaites peuvent surprendre, mais la Zambie reste, à mon avis, une sélection très difficile à manier. Maintenant, avec les joueurs que nous avons, c’est clair que tu te dis que la Zambie est quand même à notre portée. Il y a de quoi être déçu. Je me dis que, peut-être, dans la tête des joueurs, ils pensaient qu’ils étaient déjà éliminés. Il faut désormais se poser les bonnes questions pour bien analyser la situation.
Après ce match retour face à la Zambie, Mbolhi avait déclaré en conférence de presse que cette génération de l’EN avait du talent certes, mais il lui manquait cet esprit de combattant qui caractérisait la génération de 2010. Votre commentaire ?
C’est vrai que nous, à notre époque, on jouait avec cœur. On se battait sur chaque ballon. Peut-être que maintenant, il y a plus de talent, mais ça joue avec moins de hargne. Niveau motivation, je pense qu’il n’y a pas de problème. Après, je crois qu’il faut inculquer aux joueurs cette combativité qu’avait notre génération. C’est sûr que si les joueurs actuels jouaient avec hargne et avec le talent qu’ils ont, ils formeraient la meilleure équipe au monde. Nous, à notre époque, on avait moins de qualité générale au niveau technique, donc nous étions obligés de trouver la solution ailleurs. On gagnait nos matchs à l’arraché le plus souvent, même si des fois la rage de vaincre ne suffisait pas. 
Mbolhi a dit aussi que des joueurs ne se donnent pas à fond en sélection, les appelant à rester chez eux à l’avenir. Comment interprétez-vous ce genre de déclarations ?
Je pense que si Raïs a déclaré ça, c’est qu’il a ses raisons. Ce n’est pas des paroles en l’air. Il ne parle pas pour rien. Peut-être qu’il a vu des comportements chez certains joueurs qui l’ont interpellé. Des joueurs qui se sont mal comportés, j’imagine. Quand tu es en sélection, tu dois agir différemment qu’en club. En Algérie, il y a tellement de ferveur autour de la sélection que tu n’as pas le droit de ne pas tout donner. D’ailleurs, ça me fait rappeler une anecdote…
Laquelle ?
Je me rappelle qu’après notre match face à l’Egypte à Khartoum, quand je suis revenu en Italie, à la Lazio de Rome, Igli Tare, le directeur sportif du club est venu me voir et m’a dit : «Je ne t’ai jamais vu comme ça. Tu tacles, tu joues avec hargne, tu ne lâche rien sur le terrain, mais quand tu viens à la Lazio, tu ne mets même pas un tacle. Explique-moi pourquoi…» Cela pour dire que lorsqu’on était en sélection, on ne lâchait rien. Maintenant pour revenir à ce qu’a dit Mbolhi, le fait de l’avoir balancé à la presse, c’est que la situation est alarmante, car ce genre de paroles, on les laisse aux vestiaires. Sans doute que les joueurs actuels n’ont plus la même envie d’avant. 
Le président de la FAF, Zetchi, a déclaré que 4 ou 5 joueurs cadres allaient être écartés lors du prochain stage. Faut-il vraiment faire une révolution au sein de l’EN et commencer un nouveau cycle ?
Il faut savoir d’abord de quels joueurs le président parle et si ça fait référence aux joueurs que Raïs a visés dans ses déclarations. Je ne sais vraiment, mais à mon avis, il faut garder une certaine ossature. Je ne pense pas que c’est une solution de tout chambouler. Maintenant, si ces joueurs ont fauté et ont eu un mauvais comportement, c’est normal qu’ils soient écartés. 
Quand on est joueur et on entend le président dire qu’il va écarter cinq joueurs titulaires, comment on reçoit ce message ?
C’est sûr que ça fait ressortir une certaine colère. Je ne suis plus en sélection pour savoir ce qui se passe actuellement, mais moi, c’est sûr qu’en tant que joueur, voir des coéquipiers partir alors qu’ils ne le méritent pas, cela peut casser le vestiaire. Nous, on avait vécu ça en 2010 à Crans-Montana, quand on avait écarté sept joueurs de la sélection. Personnellement, je l’ai mal vécu. Je n’avais rien contre les nouveaux joueurs qui sont venus, mais de ne pas avoir eu avec nous les Zaoui, Raho, Babouche et autres, le groupe l’avait très mal pris, surtout qu’ils avaient été écartés injustement. La preuve, ça s’est mal passé au Mondial par la suite. Donc, pas sûr que ce soit la solution. Attention !
Donc, selon vous, cela peut diviser le vestiaire ?
Que tu changes un, voire deux cadres, ça peut passer, mais plusieurs joueurs d’un coup, c’est un véritable risque. Ça casse un groupe. Maintenant, il faut voir pourquoi le président a dit ça. Si c’est à cause de leur comportement, il n’y aura pas de problème. 
Comment voyez-vous l’avenir de la sélection après tout ça ?
La sélection depuis quelques années maintenant a beaucoup progressé. A mon avis, il faut continuer le travail effectué jusque-là. On doit éviter la cassure. On ne jouera pas la prochaine Coupe du monde. Ça va permettre au groupe de travailler sereinement.  

 

Publié dans : mourad meghni mbolhi Amrani Zetchi

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