Nostalgie

Garrincha, l'oiseau rare !

Pays: Brésil Date de naissance: 28 octobre 1933 (décédé en 1983) Poste; Ailier droit Participations: 3 (2 victoires) Matches: 12 (5)

Auteur : vendredi 27 juin 2014 18:23

Unique en son genre, inimitable, inclassable, Manoel dos Santos Francisco est tout à la fois le plus grand dribbleur de l'histoire du football et un des plus grands joueurs jamais produits par l'école brésilienne. Mais il est bien plus que cela. Dans son cas, l'homme et le joueur sont intimement liés. Impossible de comprendre le second sans évoquer le premier.

Un jour, un de ses coéquipiers de la Seleção a rappelé que celui qui allait devenir le plus fabuleux ailier jamais vu sur un terrain n'aurait jamais dû devenir footballeur. Il lui manquait trop des qualités nécessaires à un professionnel. Très jeune, il est devenu dépendant à l'alcool. Sur la pelouse, il lui arrivait de perdre sa concentration pendant de longues minutes, comme s'il se désintéressait des débats. Surtout, il est né infirme, boiteux, et le restera toute sa vie. Victime de malformations congénitales, le petit Manoel a la colonne vertébrale en vrille, un pied et un genou tordus, qui rentrent de façon significative vers l'intérieur, et surtout une jambe plus courte que l'autre. Six centimètres, à l'âge adulte. Rien ne le prédestine donc à devenir l'idole du peuple brésilien. Pourtant, c'est précisément son handicap qui va faire de lui un joueur au talent inimitable, impossible à appréhender pour ses adversaires. Sans ses handicaps, peut-être n'aurait-il été qu'un joueur très commun. Voilà bien l'étrange et extraordinaire histoire de ce petit homme qui ne culminera jamais au-dessus du mètre 69, dressé sur sa jambe la plus longue.

Quand il débarque à Botafogo à l'âge de 19 ans, en 1953, il est déjà marié et père de famille. Il y avait trop de Santos dans son club, et, comme tout joueur brésilien, il faut lui trouver un surnom. Il choisit Garrincha, du nom de ce petit oiseau tropical qu'il aimait chasser chez lui. Un oiseau insaisissable, que l'on ne peut apprivoiser ni mettre en cage. Ce sera tout lui, ça. Rapidement, il devient un phénomène. Mais la Coupe du monde 1954, en Suisse, vient un peu trop tôt. Il reste au pays. Garrincha goûte sa première sélection en 1955. Certains lui recommandent de se faire opérer s'il veut durer. Il hésite. Il consulte un médecin orthopédiste qui le déclare inapte à la pratique du sport. Il faudra toute la clairvoyance du Dr Gostling, le médecin de la Seleção, pour que le prodige ne passe pas sur le billard. Il n'en aurait pas fallu davantage pour le dénaturer. La médecine répond à des logiques auxquelles Garrincha échappe.

Sur la scène planétaire, Garrincha va connaitre beaucoup de succès. En 1958, il joue un rôle majeur dans la quête du premier titre mondial brésilien. Son jeu déroute et son sens aigu de la passe régale ses partenaires. Le monde entier découvre ce génial dribbleur, qui ridicule les défenses adverses. Ce Mondial, il l'a pourtant débuté sur le banc, puni par le sélectionneur, Vicente Feola. Lors d'un match de préparation face à la Fiorentina, Garrincha, après avoir dribblé quatre défenseurs et le gardien, se retrouve seul devant le but. Mais au lieu de marquer il attend le retour d'un défenseur, histoire de se compliquer la tâche, pour le dribbler à nouveau et, enfin, marquer. Ça ne se fait pas, lui a-t-on dit. Une fois réintégré au 11 de départ, l'ailier droit de la Seleçao donne sa pleine mesure. Si Pelé, la jeune star de 17 ans, devient l'attraction, Garrincha s'avère indispensable. En finale, alors que le Brésil est mené 1-0 par la Suède, il réussit deux exploits sur son aile pour offrir deux caviars à Vava. "Sans Garrincha, nous n'aurions jamais gagné cette Coupe du monde", dira plus tard le roi Pelé.

L'affirmation est incontestable, et elle sera plus vraie encore quatre ans plus tard, au Chili. Le Mondial 62 est celui de Garrincha. Jamais dans l'histoire, à part peut-être l'Argentine de Maradona en 1986, une équipe aura été à ce point incarnée par le talent d'un seul joueur. Après la blessure de Pelé dès le deuxième match, Garrincha porte à lui seul le jeu d'attaque de son équipe. A 28 ans, il est au sommet de son art. Il reste ce dribbleur invétéré, ce créateur hors pair, mais il y a ajouté une touche de réalisme et d'efficacité qui le rend injouable. Son chef-d'œuvre, il le livre sans doute face à l'Angleterre, en quarts de finale. Auteur de deux buts, il est à l'origine du troisième, inscrit par Vava. Le Brésil l'emporte 3-1. La presse anglaise, stupéfaite, dit de lui qu'il est l'incarnation de Stanley Matthews, Tom Finney et d'un charmeur de serpent réunis dans le même corps. Rien ne pourra empêcher la Seleção de conserver son titre (ce que personne n'a réussi à faire depuis). Elu meilleur joueur du tournoi, Garrincha appartient à la légende, de son vivant. L'oiseau ne s'envolera plus jamais aussi haut. Malgré tout, lors de la Coupe du monde 1966 en Angleterre, il trouvera le moyen d'inscrire l’un des plus beaux buts du tournoi, d'un somptueux coup-franc, contre la Bulgarie. Lors du match suivant, les doubles champions du monde en titre s'inclinent face à la Hongrie, 3-1. La première défaite de Garrincha avec le Brésil. Son dernier match, aussi. En réalité, il n'était déjà plus que l'ombre de lui-même. La suite de sa carrière, et de sa vie, ne sera qu'une lente descente aux enfers. L'homme coulera avec le champion, sans qu'on sache lequel des deux entraîne l'autre. Rongé par l'alcool, empêtré dans des déboires conjugaux, Garrincha s'éteint à 49 ans, en 1983. Il laisse derrière lui l'image d'un joueur comme il n'y en eut jamais et comme il n'y en aura jamais plus.

                                                    IN Eurosport.fr

Publié dans : Brésil Garrincha

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