Nostalgie

Cubillas, génie précoce et éternel

Si Pelé a dit tant de bien de son jeune homologue, c'est qu'il avait vu avant les autres des choses que le monde découvrira plus tard, tout au long d'une carrière qui durera 23 ans et qui fera de Cubillas l'un des meilleurs joueurs du XXème siècle.

Auteur : lundi 28 mars 2016 19:53

Pelé, après avoir remporté sa troisième Coupe du Monde de la FIFA™ au Mexique en 1970, s'était vu demander si on le verrait sur les terrains à l'édition suivante de l'épreuve suprême du football mondial, en 1974. O Rei avait répondu : "Non, mais ne vous inquiétez pas, vous verrez mon successeur. Teófilo Cubillas".

À la lumière des faits, la prédiction était un peu exagérée. Mais pour parler ainsi, Pelé s'appuyait sur des données bien établies. En 1970 au Mexique, Cubillas n'avait que 21 ans, mais affichait une maturité incroyable dans son rôle de meneur de jeu d'un merveilleux Pérou qui, en quart de finale, était passé à deux doigts de faire boire la tasse au Brésil. Cubillas terminera troisième meilleur buteur du tournoi derrière l'Allemand Gerd Müller et le Brésilien Jairzinho, ce qui lui vaudra de recevoir le Soulier de Bronze adidas et d'être élu meilleur jeune joueur du tournoi.

Si Pelé a dit tant de bien de son jeune homologue, c'est qu'il avait vu avant les autres des choses que le monde découvrira plus tard, tout au long d'une carrière qui durera 23 ans et qui fera de Cubillas l'un des meilleurs joueurs du XXème siècle.

Petit par la taille, grand par le talent
Né à Puente Piedra, dans les quartiers nord de Lima, Cubillas fait ses débuts avec Huracán Boys. Lors d'un match amical contre l'équipe de son cœur, Alianza Lima, il saisit l'occasion rêvée. À 16 ans, il est recruté par le grand club de la capitale. Dès sa première saison parmi l'élite, en 1966, il termine meilleur buteur du championnat.

Très vite, il est surnommé El Nene (le "petit"), pour des raisons morphologiques évidentes. "Il jouait au foot par pur plaisir, pour s'amuser. Je l'ai vu faire des choses incroyables balle au pied", se souvient Víctor Zegarra, l'un des coéquipiers privilégiés de Cubillas. "Il était très rapide, mentalement et techniquement. On était encore en train de se demander ce qu'il allait faire qu'il l'avait déjà fait", corrobore son ancien partenaire en équipe nationale, Germán Leguía.

Quand on demandait à Cubillas de définir son poste sur le terrain, il prenait soin d'échapper à toutes les étiquettes : "Je n'ai pas de position fixe. Je joue n'importe où en attaque". Cette flexibilité, ajoutée à un toucher de balle exceptionnel, lui ont permis de s'imposer comme l'un des milieux de terrain les plus prolifiques de tous les temps. Avec 268 buts en 469 matches officiels dans le championnat du Pérou, il devance d'autres fameux numéros 10 comme Diego Maradona, Zinedine Zidane ou Michel Platini.

Didi a dit...
Personne n'est surpris quand à 19 ans, Cubillas obtient sa première sélection de la main du Brésilien Didi, champion du monde en Suède en 1958 avec à ses côtés un certain Pelé. "C'est grâce à Didi que je suis devenu aussi fort sur les frappes et les coups de pied arrêtés. À l'origine, j'étais droitier. Grâce à ses conseils et parce qu'il me poussait à m'entraîner, je suis devenu ambidextre." Petit à petit, El Nene fait son nid. Son nom commence à résonner au-delà des frontières péruviennes en 1969, après une rencontre de qualifications sud-américaines entre l'Argentine et le Pérou à Buenos Aires. Cubillas réalise un match grandiose, les visiteurs accrochent le match nul (2:2) et l'Albiceleste est définitivement écartée de la course à la Coupe du Monde de la FIFA 1970™.

FIFA.com a demandé à Cubillas quel était son meilleur souvenir sur les trois éditions de la grand-messe du football auxquelles il a participé. "Le premier but contre la Bulgarie, dans notre premier match au Mexique en 1970. Quelques jours auparavant, un tremblement de terre au Pérou avait coûté la vie à 50 000 personnes. Nous avons appris la nouvelle le jour du match. Ça nous a bouleversés. Ce jour-là, nous avons d'abord été menés 0:2, avant de renverser la situation pour gagner 3:2. Nous voulions absolument donner quelque chose au pays. Malgré la tristesse due au tremblement de terre, nous étions incroyablement heureux d'avoir pu offrir un peu de réconfort à nos compatriotes. Ce sont des sentiments difficiles à décrire."

L'Europe a eu l'occasion d'admirer Cubillas dès 1971, lorsqu'une sélection composée de joueurs d'Alianza Lima et de Municipal - parmi lesquels Hugo Cholo Sotil - règle son compte au Bayern Munich de Müller et Frank Beckenbauer en s'imposant 4:1. Après avoir été meilleur buteur de la Copa Libertadores, Cubillas est élu meilleur joueur d'Amérique en 1972. L'année suivante, le Pérou échoue dans les qualifications pour la Coupe du Monde de la FIFA 1974™. Beaucoup de gens le voient déjà rejoindre le Barcelone de Rinus Michel et de Johan Cruyff, mais les Catalans lui préfèrent Sotil.

Le numéro 10 prend la direction du FC Bâle mais au bout de six mois, il quitte la Suisse à destination du Portugal. Il effectue trois saisons au FC Porto, où il évolue toujours lorsqu'en 1975, le Pérou dispute la finale de la Copa América contre la Colombie. Lors de la belle, Cubillas manque un penalty, mais la sélection andine finit par s'imposer 1:0.

Du retour aux adieux
En 1977, il traverse l'Atlantique dans l'autre sens pour retrouver Alianza Lima, avec qui il remporte deux titres consécutifs. En outre, il aide son pays à décrocher la qualification pour la Coupe du Monde de la FIFA 1978™. Cette année-là en Argentine, il inscrira cinq buts, ce qui lui rapporte le Soulier d'Argent adidas. Contre l'Écosse, il convertit un coup franc qui est resté dans les annales. Le ballon est situé à l'extérieur de la surface, légèrement sur la gauche. Cubillas le frappe de l'extérieur du droit, la balle passe à droite du mur et vient se loger sous la barre du gardien écossais. Zico avait qualifié le geste de "parfait", tandis que le dernier rempart paraguayen José Luis Chilavert, buteur à ses heures, a raconté un jour avoir "décidé de tirer les coups francs après avoir vu le but de Cubillas".

El Nene participe à sa troisième Coupe du Monde de la FIFA™ en 1982 en Espagne, mais ne marque pas. Dans le cas contraire, il aurait rejoint le trio qui a trouvé le chemin des filets dans trois éditions différentes de l'épreuve suprême : Gabriel Batistuta, Ronaldo et Pelé. Cette année-là sur la péninsule ibérique, le Pérou est éliminé au premier tour. C'est la première fois que Cubillas n'atteint pas les quarts de finale de l'épreuve avec son pays, la première fois également qu'il ne figure pas dans le onze-type du tournoi et la dernière fois à ce jour que les Incas participent au rendez-vous mondial...

Pendant ce temps-là, le meneur de jeu n'en reste pas moins le Péruvien qui a disputé le plus grand nombre de matches en Coupe du Monde de la FIFA™. Cubillas évoluera ensuite aux États-Unis, avec Fort Lauderdale Strikers, aux côtés de George Best et Elías Figueroa. En 1986, il raccroche les crampons à Alianza Lima. Après une tragédie en 1987 lors de laquelle l'équipe est décimée, Cubillas fera un dernier baroud d'honneur en tant qu'entraîneur-joueur. Le club passe tout près de remporter le titre.

En 1989, il met un point final et définitif à son parcours après avoir évolué avec Miami Sharks, en deuxième division américaine, et sans avoir écopé du moins de carton rouge dans sa carrière. S'il n'est pas devenu un deuxième Pelé, Cubillas demeure le seul Péruvien dans la liste des 100 de la FIFA compilée par O Rei. "Toutes ces choses me montrent que ce que j'ai fait n'est pas passé inaperçu." Et Pelé l'avait vu avant tout le monde...

                                                      IN FIFA.COM

Publié dans : Cubillas

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