Coupe d'Algérie

Ali Bencheïkh : «La Coupe doit redevenir une fête de football, mais avec la victoire du Mouloudia bien sûr»

«Le Mouloudia ne doit pas compter que sur les coups francs de Hachoud»

Auteur : M. S. mercredi 30 avril 2014 21:22

Qui mieux que Alilou pour nous parler du Clasico algérien, lui qui a marqué l’histoire des rencontres entre Kabyles et Chnaoua ? Sur le terrain, Ali Bencheïkh était un poison pour les Kabyles, mais en dehors, il n’a que des amis à la JSK. Son souhait est donc simple pour cette finale de Coupe d’Algérie. «Qu’elle soit une fête de football et que le Mouloudia gagne la Coupe», nous a-t-il dit dans cet entretien passionnant.

On est à quelques heures du match MCA-JSK. Un match qui vous rappelle forcément beaucoup de bons souvenirs…
Pour moi, notre Clasico à nous les Algériens, c’est le MCA-JSK. Ce n’est ni MCA-USMA ni MCA-CRB. MCA-JSK ça a toujours donné de grands matchs. A notre époque, le Mouloudia possédait une grande équipe et il n’y avait que la JSK qui pouvait lui contester son leadership et cela donnait lieu à des matchs de qualité avec beaucoup de spectacle. C’est pour cela que je souhaite que, durant cette finale de Coupe d’Algérie, on verra du beau football. Pour moi, il y a une seule manière de gagner la Coupe : jouer bien au ballon et essayer d’imposer son jeu à l’adversaire. Il faut aussi garder son calme car si on s’énerve, on devient agressif et on perd notre jeu.
Ne craignez-vous pas que la pression du résultat fera en sorte que les deux entraîneurs ferment le jeu ?
L’équipe qui se cantonnera en défense ou qui renforcera son milieu pour jouer les contres commettra une grande erreur. Cela va permettre à l’adversaire de jouer dans son camp et d’avoir des occasions. Tôt ou tard, cette équipe commettra une faute et encaissera un but ou des buts car elle sera constamment harcelée. Je suis certain que les deux entraîneurs ne resteront pas derrière, ce n’est pas un match de championnat où on a une marge d’erreur, c’est une finale de Coupe d’Algérie où on joue une saison entière sur un seul match. Ils ne vont donc pas commettre l’erreur de rester derrière et d’attendre l’adversaire. Je vous le disais tout à l’heure, pour gagner ce match, il faut attaquer et imposer son jeu. Quand on joue bien, on a déjà un ascendant psychologique sur l’adversaire, ne serait-ce que par la réaction des supporters qui vont donner de la voix lorsqu’ils voient que leur équipe produit un beau jeu en attaquant.
A part la saison dernière, le Mouloudia gagne toujours en finale. Comment expliquez-vous ce phénomène ?
Si vous voulez que je vous parle de mon époque, je vous dirai pourquoi on ne perdait jamais en finale. D’abord, on avait une grande équipe et on abordait les matchs dans une décontraction totale. Pendant toute la préparation, on ne faisait que rigoler et travailler. Pour nous, le match commençait dans le vestiaire à quelques instants du coup d’envoi. On était tellement sûrs de nos qualités qu’on entrait sur le terrain avec la certitude qu’on allait d’abord se faire plaisir. Notre souci, c’était de jouer, parce qu’on était certains que pour marquer des buts, il faut bien jouer.
Racontez-nous un peu les trois Coupes d’Algérie que vous avez gagnées avec le Mouloudia ?
En 73, j’avais 17 ans et je devais être au moins sur le banc. A l’époque, les équipes avaient droit à deux remplaçants seulement. Ammi Smaïn Khabatou a demandé à Aït Moulouhoub s’il avait besoin d’un remplaçant, ce dernier lui a répondu oui. L’entraîneur a donc choisi de mettre Azzouz et Kaoua sur le banc. A cet âge, on vit la victoire d’abord en tant que supporter, surtout que c’était le premier titre de la longue histoire du Mouloudia. En 1976 contre le MOC, on était tellement confiants qu’on s’amusait à jongler au rythme de la musique de Bob Marley au cours d’un entraînement. Le match contre l’ASMO, je le considère comme la finale la plus spectaculaire. Quatre de nos joueurs étaient blessés et ont dû se faire injecter pour tenir le match. J’avoue qu’on n’avait pas une équipe très forte, mais grâce à notre expérience, on a pu écarter de grandes équipes, comme le CRB, le RCK et la JSK. Durant les trois finales, on a toujours essayé de jouer au ballon et on s’est toujours préparés dans la bonne humeur. Face à l’ASMO en 83, on n’a jamais changé notre façon de jouer, malgré les changements constants dans le score et on a fini par l’emporter 4 à 3.
Quelle serait la clé du match, selon vous ?
Je parle du Mouloudia parce que c’est l’équipe que j’ai vu jouer assez souvent. Nos milieux de terrain doivent prendre leurs responsabilités en tentant des pénétrations en une-deux, tout en essayant des tirs de loin, il ne faut pas s’entêter à vouloir faire de longs centres vers les attaquants de pointe. Nous avons de bons joueurs du milieu et deux excellents latéraux, à nous d’en profiter.
Vous n’avez pas parlé des coups francs de Hachoud.
Hachoud possède une bonne frappe, tout le monde le sait. Mais, sérieusement, dans un match de foot, peut-on miser uniquement sur les coups francs d’un seul joueur ? Je ne pense pas. Après, s’il y a un bon coup franc, ce sera une occasion de plus pour le Mouloudia. Mais, je le dis encore, pour gagner, il faut bien jouer au ballon.
Vous allez rencontrer Mahieddine Khalef avant la finale pour rendre un hommage posthume à d’anciens dirigeants de la JSK et du MCA. Qu’allez-vous lui dire ?
Rien de particulier, je vais le saluer comme je le fais à chaque fois qu’on se voit.
Vous n’allez pas parler des anciens matchs MCA-JSK ? Vous faites quand même partie de l’histoire du Clasico, non ?
Nous ne sommes qu’un détail de l’histoire de ces grands clubs qui a commencé il y a très longtemps. Les premiers joueurs du Mouloudia étaient en majorité des Kabyles et ce sont ces joueurs qui ont été aidés par le Mouloudia pour créer la JSK, à l’instar de Mansour Abtouche, ancien gardien de but du Mouloudia et membre fondateur de la JSK. Le Mouloudia et la JSK ce sont aussi Drif et Abdelkader Khalef qui ont scellé l’amitié entre les deux clubs dans les années 70. Après un match marqué par des heurts, ces deux grands présidents ont organisé un dîner à l’hôtel l’Aletti en présence des joueurs des deux camps et ont ordonné à ceux qui ont créé la pagaille de se réconcilier. Depuis ce jour, il ne s’est plus rien passé entre les deux équipes. Vous voyez que l’histoire du MCA et de la JSK, ce n’est pas seulement Khalef et Bencheïkh.
Donc vos rapports avec Khalef sont restés bons…
A part l’épisode de la Coupe du monde, épisode que j’ai oubliée depuis longtemps, on a toujours entretenus de bons rapports et ça sera toujours comme ça. Lui-même a dû regretter d’avoir fait jouer des joueurs qui l’ont critiqué par la suite. Mais bon, ça c’est de l’histoire ancienne.  
Quel est votre appel aux supporters ?
Je lance un appel aux joueurs d’abord, car c’est leur comportement sur le terrain qui conditionnera celui des supporters. S’ils jouent au ballon, s’ils gardent leur calme, s’ils sont sportifs, les supporters suivront aussi. J’espère que le public algérien assistera à un beau match avec beaucoup de buts. J’espère aussi que les supporters des deux équipes feront la fête quel que soit le vainqueur, même si je veux que le vainqueur soit le Mouloudia, évidemment. On voit les images des supporters européens au stade et on apprécie. Pourquoi pas nous ? Les supporters du Mouloudia et de la JSK nous doivent bien ça.

Que ferez-vous si le Mouloudia gagne ?
Je serai heureux bien sûr. Pour les joueurs, pour le staff technique et pour Kamel Kaci-Saïd qui méritent bien ce titre. Je sais dans quelles conditions il est en train d’accomplir son travail et je peux vous assurer que cela n’a pas été facile pour lui. Dépendre des gens qui ne connaissent rien au foot   nous freine un peu dans notre élan.
On a bloqué votre salaire du mois de mars, peut-on savoir pourquoi ?
On me reproche de ne pas me présenter au bureau tous les jours. Comme si j’étais un fonctionnaire. Ces gens qui ne savent rien au foot doivent comprendre que le travail d’un DTS s’effectue sur le terrain. On peut rester tous les jours au bureau sans rien apporter au club et on ne peut jamais venir au bureau tout en étant efficaces sur le terrain. Si un responsable d’un club aussi grand que le Mouloudia ne comprend pas cela, je ne pourrai jamais travailler avec lui.

Publié dans : Ali Bencheikh Kamel Kaci-Saïd

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